Formalab Permaéconomie 8, 9, 10 novembre 2017, Paris

L’institut INSPIRE organise  une formation-lab à la permaéconomie et ses applications à la conception de modèles économiques durables, à la gouvernance des collectifs humains et à la transmission des savoirs et compétences. Cette formation aura lieu les 8, 9 et 10 novembre prochain à Paris (Le lieu exact sera publié prochainement).

Toutes les informations sont disponibles (et seront mises à jour régulièrement) à cette page.

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Crise, quelle crise ?

L’histoire du vivant est jalonnée de crises : ces cinq crises d’extinction majeures que les paléontologues connaissent bien, et dont la dernière, la plus connue du grand public, a causé la disparition des dinosaures à la fin du Crétacé. Ces crises, subites à l’échelle des temps géologiques, brutales par leur ampleur, « redistribuent les cartes ». Ce qui les caractérise, c’est qu’il y a un avant et un après : des équilibres radicalement différents de la situation qui précédait se mettent en place, plus ou moins progressivement. Ce que les paléontologues appellent crise ne recouvre donc pas le même sens que celui que donnent les dirigeants politiques et la plupart des analystes économiques à ce même mot. en politique ou en économie, comme en médecine, une crise est un trouble momentané, généralement suivi d’un « retour à la normale » : guérison en médecine, sortie de crise en économie. en politique, une crise peut dans certains cas conduire à un changement de régime, ce qui se rapproche du sens que donnent à ce mot les paléontologues, pour lesquels une crise est un moment critique et décisif précédant un changement d’état, l’équivalent de ce que les physiciens appellent un changement de phase (par exemple, l’ébullition qui sépare l’état liquide de l’état gazeux). l’analyse des archives fossiles présentes dans les sédiments montre que les crises « ponctuent » des périodes de relative stabilité pendant lesquelles l’évolution est plus progressive. les espèces évoluent et coévoluent bien sûr, et s’adaptent à un environnement qui change, mais de façon plus graduelle. Pour reprendre les types d’innovation, on pourrait ici parler d’innovation incrémentale. mais pendant les crises, et les périodes qui les suivent, tout semble s’emballer, aller plus vite : des espèces nouvelles apparaissent, d’autres se diversifient et se transforment très vite, comme ce fut le cas pour les mammifères qui ont rapidement colonisé, au début de l’ère tertiaire, les niches écologiques laissées vacantes suite à la disparition des dinosaures. Ce sont alors des innovations de rupture qui apparaissent. Pour caractériser cette alternance entre états de stabilité (relative) et crises, les paléontologues américains stephen Jay gould et niles eldredge ont formulé la théorie dite des « équilibres ponctués ».
Or, si on superpose les courbes traçant l’évolution de la diversité du vivant et celles des indicateurs économiques on y trouve, dans les deux cas, des périodes de relative stabilité ponctuées de périodes de crises, pendant lesquelles tout est reconfiguré, et durant lesquelles il est nécessaire de s’adapter très rapidement. innover, pour s’adapter au changement, suppose d’interroger la notion de performance. sur un marché en croissance dans lequel la disponibilité des ressources n’est pas un problème, être performant c’est être capable de produire en très grande quantité, à faibles coûts. Cela suppose, pour se démarquer des concurrents, de mettre en place des processus contrôlés permettant une maximisation de l’utilisation des ressources, et globalement d’être plus rapide, plus fort, plus puissant, dans le cadre d’une stratégie de spécialisation et de recherche d’économies d’échelle. dans ce contexte d’abondance, la performance repose sur une logique de compétition. mais ce type de performance est très vulnérable au changement. qu’un paramètre environnemental, social ou réglementaire change, et c’est un risque de déstabilisation, voire d’effondrement. La notion de performance devrait donc intégrer le paramètre résilience. des acteurs majeurs se sont effondrés dans les 30 dernières années parce qu’ils étaient trop spécialisés. la zone optimale se situe au croisement entre performance et résilience. en période de grande instabilité, les logiques de spécialisation et de compétition ne suffisent plus. Ce sont les aptitudes à la coopération, à l’adaptation, à l’innovation agile qui font la différence. Insectes, bactéries, champignons ou micro- organismes ont des cycles de reproduction rapide et un haut potentiel d’évolution et d’adaptation. en termes de stratégie d’innovation, dans les périodes fastes, c’est souvent l’innovation incrémentale qui est privilégiée. l’innovation incrémentale, c’est finalement chercher à faire encore mieux ce que l’on fait déjà très bien, afin de renforcer sa compétitivité. logique de compétition, là encore. à l’inverse, dans des périodes d’instabilité, ce sont les innovations de rupture ou les innovations radicales qui sont les stratégies les plus appropriées, même si elles supposent aussi plus de risques. mais nous sommes dans une de ces périodes où « le plus grand des risques serait de ne pas en prendre(1) ».
La nature utilise les contraintes comme des opportunités. Chaque changement dans l’environnement, chaque nouvelle contrainte est une occasion d’évoluer, et donc d’innover pour s’adapter. Dans un monde en mouvement, résister au changement ne sert à rien. L’illusion de gagner momentanément du temps se paie au prix fort au moment où la rupture devient inévitable. Le prix à payer est alors beaucoup plus important que si le changement nécessaire avait été amorcé à temps, en accompagnant les acteurs qui en ont le plus besoin. Nous avons hélas souvent tendance à faire l’inverse. Par peur du changement, et en cherchant à bien faire pour amortir les chocs économiques et les transitions brutales, il arrive que des modèles économiques à bout de souffle ou des modes de production dépassés et non compatibles avec les limites de la biosphère soient soutenus à coup de subventions publiques, dans l’espoir de maintenir une certaine paix sociale(2).
Mais il arrive toujours que les illusions retombent. on réalise alors, mais trop tard, que ces mêmes moyens financiers auraient été mieux employés s’ils avaient été mobilisés pour accompagner le changement et aider les entreprises et les citoyens à « faire leur mue ».
(1) – Citation parfois attribuée à Winston Churchill, parfois à J.F. Kennedy.
(2) – A titre d’illustration, on peut citer les aides publiques au charbon ou à l’acier dans les années 1970 et 1980, ou encore, aujourd’hui, les 5 300 milliards de dollars de subventions accordées chaque année par les états dans le monde entier pour soutenir les énergies fossiles, dans un contexte de changement climatique (novethic, octobre 2015).

Pourquoi la permaéconomie ?

La permaculture est, selon ses concepteurs* eux-mêmes, une méthode systémique et globale s’inspirant des écosystèmes naturels pour la conception de systèmes de productions durables. Formulée de la sorte, la permaculture devrait donc pouvoir être appliquée à tout système de production ou organisation humaine. Toutefois, pour une raison qui reste à éclaircir, ce concept reste encore largement associé à la seule production agricole et, dans une moindre mesure, à la conception d’habitats ruraux.

Pourtant, en les étudiant de plus près, les principes de conception permaculturelle, reposant à la fois sur une approche empirique et des fondamentaux scientifiques solides, sont suffisamment robustes pour être déclinés avec pertinence à la conception, à quelque échelle que ce soit, de systèmes de production industriels ou tertiaires, ou encore de modèles économiques, voire globalement à toute activité ou tout système conçu, aménagé et géré par l’Homme.

Il semble que nos socles culturels et éducatifs, reposant encore largement sur une approche réductionniste, n’aient pas facilité la pénétration des nouvelles approches systémiques, holistiques et fractales, pourtant plus aptes à décrire les fonctionnements des systèmes vivants, et ce dans des disciplines aussi diverses que la biologie, l’écologie, la psychologie, la sociologie ou même… l’économie. La quête de compétitivité, ce Graal des temps modernes, faisant le reste en favorisant la recherche de résultats rapides en toutes choses, quels qu’en soient le prix à payer et les conséquences à moyen ou long terme.

L’illusion confortable d’un « développement durable » qui ne nécessiterait que des ajustements marginaux aux systèmes de production hérités de la révolution industrielle, et la croyance sans faille dans le fait que le progrès technologique apporterait en temps utile les solutions à tous nos problèmes nous ont, à la fois, détournés d’une nécessaire réflexion lucide sur le sens de l’économie et du développement, et fait passer à coté de formidables opportunités. Il n’est toutefois, fort heureusement, pas trop tard.

Si nous avons aujourd’hui à notre disposition l’ensemble des outils, concepts et méthodes nécessaires, comme le sont par exemple l’économie circulaire, l’économie de fonctionnalité, le biomimétisme, l’économie de la connaissance ou le concept de réinvestissement dans le capital naturel, il nous manque l’essentiel : un cadre conceptuel stratégique cohérent et opérationnel pour passer de la réflexion à l’action, des concepts aux réalisations. Ce cadre stratégique, inspiré des principes de la conception permaculturelle, c’est la permaéconomie.

La permaéconomie ? Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi ce nouveau concept ? Le paragraphe qui suit propose à la fois une première définition et une réponse à cette question :

« La permaéconomie est une économie entretenant d’elle même les conditions de sa propre pérennité. Inspirée de la permaculture, dont elle transpose les principes à l’économie en général, elle vise une production de valeur nette positive, compatible avec les limites de la biosphère. Son objectif est de permettre une production de biens et de services rentables et créateurs d’emplois tout en réinvestissant dans les socles fondamentaux que sont les humains, la société et les écosystèmes. A ce titre, elle cherche à éviter tout coût caché et toute externalité négative, et à dépasser la notion de compensation pour aller vers une consolidation, voire si nécessaire une régénération des facteurs de productions pris au sens large. Il s’agit notamment de la compétence, la confiance et l’épanouissement personnel pour ce qui concerne le capital humain ; de la cohésion sociale, du vivre ensemble, de la sécurité et de l’accès aux soins, à l’information et à l’éducation pour ce qui concerne le capital social ; et enfin de la pleine fonctionnalité, de la résilience et de la capacité d’évolution des écosystèmes pour ce qui concerne le capital écologique. En complétant et en articulant l’économie circulaire, l’économie de la fonctionnalité et de la coopération, le biomimétisme et l’innovation agile, la permaéconomie offre un cadre éthique et opérationnel, à la fois systémique, c’est à dire mettant l’action sur les liens et les interrelations plutôt que sur les entités, holistique, c’est à dire offrant une vision globale et décloisonnée, et fractal, c’est à dire déclinable à toute échelle, du projet à l’organisation des systèmes de production en passant par celle des territoires. »

Ma conviction est que la permaéconomie, telle qu’elle est ici proposée, est une opportunité à saisir pour tout acteur économique : du porteur de projet à la grande entreprise, en passant par les TPE et PME, mais aussi les territoires et collectivités. Déclinés en outils simples et concret, ses principes** sont de nature à guider toute personne ou organisation, que ce soit dans la phase d’élaboration des projets ou dans leur conduite opérationnelle.

* Les australiens Bill Mollison et David Holmgren.

** La description détaillé des 12 principes est en annexe du livre.

Meilleurs vœux

Chers Lecteurs,

Pour cette nouvelle année, pour ce nouveau cycle qui, espérons-le, commence aujourd’hui, je nous souhaite ;
De trouver en nous, fusse au plus profond de nous, la force de ne pas céder au découragement,
De veiller, ensemble, sur cette force, comme nos ancêtres veillaient sur les braises d’un feu qui jamais ne devait s’éteindre, tant il était vital pour la cohésion et la survie même de leur groupe,
De discerner, au delà du fracas assourdissant de nos cinglantes défaites, ces petites, si fragiles et si discrètes victoires qui pourtant en annoncent tant d’autres possibles,
D’être conscients à quel point être vivant est un privilège qui nous oblige,
De comprendre que vivre, c’est être relié : à soi, aux autres, et au monde vivant. De sentir vibrer ces liens pour mesurer à quel point ils sont fragiles,
De consolider et retisser, inlassablement, ces liens à nous mêmes, aux autres et au vivant, pour être, ensemble, les tisserands qui réparent la toile déchirée du monde, comme l’a si joliment dit Abdenour Bidar,
De renoncer aux « ou », pour accueillir, par les « et » et les « avec », toutes les diversités qui font la richesse de la vie,
De trouver le temps de ces plaisirs simples, futiles en apparence seulement, car ce sont d’eux que dépend notre capacité à donner,
De prendre soin d’aimer, de partager et d’encourager,
Et enfin d’avoir l’audace, si ce n’est l’arrogance mais qu’importe, de penser que nos actions pourront, en se joignant à celles de tant d’autres animés du même amour et des mêmes désirs, contribuer à faire en sorte que d’autres demains seront possibles.

Meilleurs vœux,

Emmanuel Delannoy