A ajouter à votre liste de lecture : « L’économie symbiotique » et « Écologie intégrale »

Le hasard du calendrier (mais est-ce vraiment un hasard) a fait que deux livres  proches et très complémentaires sont sortis en librairie ce 4 octobre :

  • « L’économie symbiotique », de Isabelle Delannoy, propose une nouvelle vision de l’économie, dans laquelle il devient possible de faire vivre en harmonie les êtres humains et les écosystèmes. Ce modèle, dont il a déjà été question ici, ouvre la voie vers une économie régénérative, à externalité positive.
    A noter que « L’économie symbiotique » est préfacée par Dominique Bourg, auteur de l’autre livre dont il est question ici.
  • « Ecologie Intégrale », de Dominique Bourg et Christian Arnsperger, sous titré « Pour une société permacirculaire », explore plusieurs pistes possibles pour une économie compatible avec cette exigence : celle d’une empreinte écologique décroissante pour nous permettre de retourner puis de rester à l’intérieur des limites de la biosphère, sans renoncer à notre modernité, en œuvrant en faveur d’une priorité environnementale enfin claire et, à terme, libératrice.

Rendez-vous chez votre libraire de quartier où vous pourrez vous procurer ces deux ouvrages essentiels, et aussi commander, si vous ne l’avez pas déjà fait, « Permaéconomie », aux éditions WildProject.

Ancre de Chine

Pékin, Shanghai, Canton, Shenzhen, Chengdu, Hangzhou. Ville après ville, les mêmes avenues commerçantes, les mêmes « mall », les mêmes boutiques de luxes. Pour le voyageur qui, lorsqu’il est en France, se tient volontiers à l’écart de ces endroits, la Chine semble être devenue un gigantesque centre commercial. Vision subjective et biaisée, bien sûr. Je n’aurais vu que quelques quartiers de quelques grandes villes. La Chine est riche de fabuleux trésors naturels que je n’aurais hélas pas eu le temps de contempler. Mais cette expérience subjective, c’est aussi, en partie, la Chine d’aujourd’hui.

Les écrans publicitaires vidéo, sonorisés, se glissent dans les moindres interstices de l’espace public. Le soir venu, des écrans lumineux géants, de la taille des immeubles, créent une ambiance proche de celle du film « Blade runner ». La saturation des sens due à cette profusion d’images animées, de sons, de musiques, de messages publicitaires auxquels je ne comprends rien provoque en moi une sorte d’écœurement, comme une pâtisserie trop sucrée qui, saturant nos papilles, déclenche une sensation de satiété proche du dégoût. Cela ne semble pas être le cas des chinois que je croise. Ils prennent visiblement plaisir à cette immersion sensorielle. Ils donnent l’impression de se ruer sur la consommation de masse et de luxe comme un être assoiffé se précipiterait avidement sur la première source d’eau potable.

Venu parler ici d’une économie réconciliée avec le vivant, de villes inspirées par la nature qui (re)feraient une place à la biodiversité, je m’interroge, en ce soir où j’erre dans le centre de Chengdu. Où est-elle, la nature ? Est-elle dans le cœur des passants ? Est-elle encore seulement dans leurs rêves ? Je croise des regards, des sourires. Me sont-ils adressés ? Ou est-ce ce promeneur solitaire, contemplatif et rêveur, qui prête à sourire tant il semble incongru à flâner ici sans rien acheter ?

Soudain, le chant d’un grillon se fait entendre, émergeant au milieu des publicités sonores, des sonneries de téléphone et des bruits de moteurs. Incrédule, je m’approche. C’est bien un grillon. Un maigre parterre de plantes ornementales lui sert d’habitat. De toutes ses forces, il semble murmurer à notre conscience. Se faisant porte parole d’une nature si discrète en ce lieu, il nous parle. « Je suis là » dit-il. « Vous êtes ce que je suis ». « Ni maîtres, ni possesseurs, vous êtes ce que nous sommes : vivants ».

Cette expérience, visuelle et sonore, cette « rencontre », me plonge dans un abîme de pensées. Même dans ce monde « dickien », il reste quelque chose de la nature. Et le peu qu’il reste peut suffire à nous submerger d’émotion. Un peu comme ce personnage du roman « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques », bouleversé après avoir aperçu une simple araignée dans l’escalier d’un immeuble désaffecté. Le premier véritable animal vivant qu’il ait vu depuis des années, de toute sa vie peut-être.

Cette expérience, cette « rencontre », restera dans ma mémoire comme un moment étrange, magique, révélateur aussi, au milieu d’un séjour en Chine d’une richesse humaine incroyable.

Les défis écologiques et sociaux sont immenses, en Chine comme ailleurs. Et les raisons d’espérer sont, ici comme ailleurs, dans les espoirs et les initiatives des femmes et des hommes. J’ai ressenti, en particuliers chez les jeunes, venus très nombreux à mes conférences, une attente et une envie d’agir extraordinaire. J’ai fait ici de très belles rencontres, et il serait impossible de les citer tous.

Mais comment oublier cet échange que j’ai pu avoir avec Mme ZHANG Shiqiu à l’Institut français de Pékin, sur le chemin qui nous reste à parcourir, en ces deux points du monde si différents que sont la France et la Chine, vers une économie écologique et solidaire. Sur le sens même des mots, comme celui qui en chinois désigne l’écologie, regroupant les caractères « vie » et « relation ». Comment ne pas penser à Robert Barbault qui disait que l’écologie est la plus belle des sciences, car c’est celle qui étudie les relations entre les êtres vivants.

Comment oublier cette rencontre à Canton avec des jeunes étudiants en langues, mais aussi en design, en économie ou en architecture, et leur avidité à en savoir plus sur le champs des possibles pour mettre en œuvre, chacun dans leur domaine, la permaéconomie ?

Comment oublier ce dialogue avec M. NAN Zhaoxu, éditeur, auteur et naturaliste chevronné, qui mobilise des centaines de bénévoles pour inventorier et préserver la très riche biodiversité de Shenzhen, et n’hésite pas pour cela à s’opposer – avec succès – à de vastes projets immobiliers.

Comment oublier M. Shikun LU, qui a ouvert la première école Freinet en Chine, mettant en application des principes proches de ceux de la permaéconomie pour l’éducation des enfants à la curiosité, à la coopération, à l’interdisciplinarité et à l’expérimentation ?

Il y a ceux qui auront rendu ces rencontres possibles, que je voudrai remercier. Il y a ces regards, ces mains qui se lèvent, ces questions, ces lumières qui s’allument dans les yeux, ces rêves qui s’éveillent, que je n’oublierai pas. Une part de moi restera ancrée ici, où je vous ai connus.

Et puis il y eu toi, l’improbable grillon de Chengdu.

Alors, en plus de tous les humains que j’ai rencontré ici, en plus de ces échanges et ces conversations d’une richesse inouïe que j’ai pu avoir en préparant ces conférences, en les donnant ou lors des rencontres informelles qui les ont suivies, je voudrais te dire, à toi aussi cher grillon, merci.

Grillon, cher grillon. Discrète persistance d’un monde oublié auquel nous appartenons tous, toi et nous.

Grillon, cher grillon. Bien plus qu’une survivance du passé, tu es la promesse d’une résurgence, d’une renaissance.

Grillon, cher grillon, tu nous invites à larguer les amarres qui nous relient encore à ce vieux monde qui se meurt pour jeter l’ancre sur les rivages d’un nouveau monde.

Présentation officielle de « Permaéconomie » en Chine

C’est hier, mercredi 20 septembre, qu’a eu lieu à Pékin, au siège de la Fédération Littéraire et Artistique de Chine, la conférence de lancement de la collection « Développement en vert » par les éditions CLAP (China Litterature and Art Publishing). Cérémonie très protocolaire en présence de nombreux dignitaire, de la presse, de représentants de la jeunesse, de Monsieur Jean-Baptiste Main de Boissière, Ministre Conseiller de l’Ambassade de France en Chine et de Madame Delphine Halgand, attachée culturelle au service livre et débat d’idées.

Cette nouvelle collection et l’aboutissement d’un ambitieux et audacieux projet, porté par Mme Delphine Halgand, qui consiste en la publication, en Chine, de 40 ouvrages sur l’environnement écrits par des auteurs français.

Il s’agit d’une première pour ce pays en pleine transformation, largement confronté à la crise écologique. Les 3 premiers ouvrages publiés dans cette collection sont « Osons », de Nicolas Hulot, ainsi que « L’économie expliquée aux humains » et « Permaéconomie ». Les sorties des autres ouvrages (dont des livres de Michel Serre, Bruno Latour, Jean-Marc Jancovici, Pierre Rabhi, Jean Jouzel, Pascal Canfin, Baptiste Morizot, Corrine Pelluchon, Geneviève Ferrone et bien d’autres) seront étalées d’ici à janvier 2018.

Cette conférence a aussi été pour moi l’occasion d’avoir le plaisir de retrouver Hu Yu, que j’avais connue comme interprète en 2017 et qui a traduit « Permaéconomie », et de faire la connaissance de Min Wang, qui a traduit « L’économie expliquée aux humains ».

Avec Min Wang (à gauche sur la photo) et Hu Yu, traductrices de « L’économie expliquée aux humains » et « Permaéconomie »

J’ai été invité à représenter les auteurs français lors de cette conférence et à y faire une allocution, dont vous pourrez retrouver le texte en fin de cet article.

La conférence officielle de lancement de cette nouvelle collection a été suivie d’une conférence publique à l’université de BEIDA, sur le thème du biomimétisme appliqué au développement urbain : « A quoi ressemblerait une ville bioinspirée faisant une place à tous ? ».

Source et article (en chinois) : http://econ.pku.edu.cn/displaynews.php?id=103414

Ci-dessous le texte de mon allocution à l’occasion de cette cérémonie :

Mesdames et messieurs,

Nous sommes à un moment étrange de l’histoire de l’humanité. Alors que les ressources naturelles s’épuisent, que le dérèglement climatique s’emballe, que les espèces vivantes qui composent la symphonie de la biodiversité disparaissent à un rythme effrayant, il semble, paradoxalement, que ce dont nous risquons de manquer en premier n’est pas d’ordre matériel mais bien immatériel : la confiance.

Jacques Weber[1], un économiste et anthropologue français, avait coutume de dire que la pauvreté n’est pas qu’une question d’argent. Être pauvre, c’est avant tout être dans l’incapacité d’agir sur son futur. Il ajoutait que la misère, c’est être dans l’incapacité d’agir sur son présent. Pauvreté, misère : plus qu’une question pécuniaire, c’est une question de maîtrise, de rapport au temps. De même, la question du développement, même si je préfère pour ma part employer le terme de prospérité, est indissociable de notre rapport au temps et de la confiance. De la confiance en nous, de la confiance entre nous, les uns envers les autres, de la confiance en l’avenir. Car la prospérité, c’est avant tout, et bien au delà d’une question pécuniaire, notre capacité à envisager l’avenir. Pro spero, en grec ancien : se projeter en avant. La prospérité, c’est notre capacité à préparer, ensemble, un avenir souhaitable. Investir, faire des projets, éduquer ses enfants, diffuser les connaissances, c’est préparer l’avenir.

Notre époque n’est pas avare de paradoxes, dont celui-ci : jamais, dans l’histoire de l’humanité, nous n’avons accumulé autant de ressources matérielles et de moyens techniques. Jamais nous n’avons eu un accès aussi aisé à l’énergie et aux ressources vitales. Et pourtant, jamais nous n’avons eu aussi peu confiance : en l’avenir, les uns envers les autres, en nous-mêmes.

Est-ce parce que nous avons peur que cela ne dure pas ?

Car il y a cet autre paradoxe : si nous manquons de confiance, nous ne manquons pas non plus d’arrogance. C’est même, peut d’être, en totale contradiction avec ce que je viens de dire, aussi d’un excès de confiance, notamment dans notre technologie, que nous souffrons. Nous avons voulu nous rendre, selon l’expression de Descartes, « comme maître et possesseur de la nature ». Nous avons voulu domestiquer le vivant, réguler le climat, endiguer les cours d’eaux, détourner les fleuves de leur cours naturel, canaliser la nature.

Souffrons-nous alors d’un excès de confiance ou au contraire d’un déficit de confiance ? Et si nous étions, en fait, tiraillés en permanence entre excès et manque, sans parvenir jusqu’ici à trouver le juste équilibre. Et si c’était justement d’un nouveau regard sur la nature, sur le vivant et sa dynamique d’évolution dont nous avions le plus besoin ? Et si ce nouveau regard, cette nouvelle harmonie, nous permettait de retrouver plus de confiance en nous, un peu plus de confiance en l’avenir ?

Bien sûr, en attendant, les raisons de s’inquiéter ne manquent pas.

Le climat s’emballe. Nous en ressentons les effets tous les jours. La fréquence, mais aussi la brutalité des événements climatiques extrêmes comme les cyclones, les inondations, les sécheresses ne font que s’amplifier, causant chaque année plus de dégâts et faisant chaque année plus de victimes.

Les sols s’érodent. Les nutriments qu’ils avaient accumulés pendant des dizaines de millier d’années s’en vont, sous l’effet de l’artificialisation, du labour intense, de la déforestation et de pratiques agricoles inadaptées. Ils s’en vont, lessivés par les pluies, balayés par le vent, et rejoignent, hélas, les fleuves, lacs et océans où, en surabondance, ils provoquent un autre drame : l’eutrophisation. L’excès de nutriments, notamment d’azote et de phosphore, provoque un effondrement des écosystèmes humides qui peut aller jusqu’à leur stérilisation.

Le carbone, que nous rejetons massivement dans l’atmosphère depuis le début de l’ère industrielle, ne fait pas que bouleverser le climat. Absorbé par les océans, il provoque leur acidification. Alors que la composition chimique de l’océan était stable depuis des centaines de millions d’années, cette brutale acidification perturbe le développement du plancton, la base de toutes les chaînes alimentaires. Ce plancton qui joue aussi un rôle majeur dans l’absorption du CO2 par les océans. La boucle est bouclée. Le changement climatique est désormais un phénomène autoalimenté.

La biodiversité, dont nous dépendons pour chacun de nos besoins les plus élémentaires, comme boire, manger ou respirer, s’effondre, sous nos yeux, à un rythme sans précédant non seulement dans l’histoire de l’humanité, mais aussi dans l’histoire du vivant. Or, la biodiversité, c’est aussi, au delà de sa valeur intrinsèque, éthique, esthétique  et philosophique, notre assurance vie pour l’avenir. Notre santé. Notre allié dans la lutte contre le changement climatique et la modération de ses effets.

Je ne détaillerai pas, pour éviter d’achever de vous décourager, les pollutions diverses de l’air, des eaux ou des sols, l’épuisement des ressources fossiles, les perturbations dramatiques des cycles de l’azote et du phosphore, l’accumulation d’aérosols et de particules fines en suspension dans l’atmosphère et la stratosphère, qui perturbent jusqu’à la photosynthèse, ou encore, et oui, nous en somme là, la modification de l’albédo de la surface terrestre, ce paramètre qui influe sur la régulation globale du climat.

Vous êtes inquiets ? J’en suis désolé. Mais vous avez raison. Il y a de quoi. Même si les humains, dans leur ensemble et quelque soit leur niveau de développement, devenaient écologiquement vertueux, du jour au lendemain ; même si nous arrêtions, aujourd’hui, toute émission de CO2 et de substances polluantes, les effets des rejets du passé se feraient encore sentir pendant des décennies. Le système planétaire a ses inerties. Sujet à des effets de seuil, il peut se dérégler et s’emballer, comme il a commencé à le faire, sous notre action. Et le retour à l’équilibre pourra être long.

Mais nous ne devons, en aucun cas, céder au découragement. Le pire serait, après des décennies de déni et de scepticisme qui ont freiné la mobilisation collective pourtant si nécessaire, de sombrer directement, sans passer par la case « action », dans le découragement et l’amertume.

Le monde change, à toute vitesse et dans toutes les directions. Pour le meilleur mais aussi pour le pire. Il ne tient qu’à nous de n’en garder que le meilleur et de rejeter le pire.  

Partout dans le monde, des humains, quelque soit leur genre, leur niveau d’éducation, leur position dans la société, leur âge ou leur profession, se mobilisent. Ils inventent, et cela fait plaisir à voir tant leur imagination est sans limite, de nouvelles manière de produire et de consommer. Ils inventent, et cela fait plaisir à voir tant ils sont tenaces et motivés, de nouvelles manières d’habiter les villes ou les campagnes, de nouvelles manières d’habiter le monde, de nouvelles manières d’être au monde.

Curieux, observateurs, à la fois humbles, compétents et créatifs, ils regardent autrement la nature. Ils y puisent la source de leur inspiration. Ils contemplent, observent et réfléchissent à la manière dont la vie, depuis 3,8 milliards d’année, invente, s’adapte, s’organise, structure la matière et l’information, produit, coopère.

Le biomimétisme, puisque c’est de cela qu’il s’agit, nous permet de comprendre que nous pouvons demander bien plus que des ressources physiques à la nature, car les principales richesses de la nature sont d’ordre immatérielles.

Léonard de Vinci disait à ses élèves : « Allez prendre vos leçons dans la nature, car c’est là qu’est le futur ». S’inspirer de la nature pour innover autrement, durablement, en cherchant à comprendre ce qui fait que « dans la nature, ça marche » et « pourquoi ça dure », c’est cela le biomimétisme. La nature peut-être un modèle, une source d’inspiration, mais aussi un mentor qui nous guide vers la durabilité.  

A travers le biomimétisme, nous découvrons que la nature peut être une source d’inspiration. Il est possible, sans la dégrader, d’y puiser des ressources immatérielles, des leçons, des informations, dont la valeur est au moins équivalente, voire largement supérieure, à celle des ressources matérielles que nous surexploitons aujourd’hui.

Notre agriculture, notre économie, nos villes et nos habitats seront, demain, inspirés par la nature. Sobres en énergie, neutres en carbone, notre économie et notre agriculture seront régénératrices, c’est à dire qu’elles répareront ce qui a été hier dégradé par nos excès, notre insouciance et notre négligence collective passée. Cette agriculture, cette économie, ces villes de demain seront plus résilientes, plus autonome, plus évolutives, mais aussi plus accueillantes et hospitalières, plus agréables à vivre, plus conviviales.

L’économie circulaire, par exemple, peut être définie comme une économie inspirée par le vivant, visant à découpler la création de valeur de la consommation de ressources naturelles. Elle s’oppose en cela à notre économie actuelle, linéaire dans le sens où elle épuise d’un coté les ressources pour accumuler les déchets de l’autre.

Bien plus qu’un assemblage de « recettes » et de solutions techniques visant à recycler ou à réduire les déchets, l’économie circulaire doit relever d’une véritable stratégie. Elle est l’occasion d’inventer de nouveaux modèles de valeurs, de nouveaux modèles économiques, de nouveaux modes de production et d’organisation des flux. Ce sont les innovations immatérielles, plus encore que l’innovation technologique, qui conditionneront le succès de l’économie circulaire. Il s’agit d’apprendre à mieux coopérer, à créer et entretenir les conditions de la confiance, à organiser autrement les filières et les modes de production. Il s’agit d’inventer de nouveaux modes de relations entre clients et fournisseurs, entre producteurs et consommateurs. Il s’agit enfin de penser autrement l’aménagement des territoires pour renforcer leur résilience.

Cette nouvelle économie, je l’appelle « permaéconomie » pour sa capacité à créer d’elle même les conditions de sa propre pérennité, comme la permaculture répare, restaure et entretien la fertilité des sols. Son succès repose sur une nouvelle manière, pour les humains, d’envisager leur rapport au monde, notamment au monde vivant non humain et à la nature dans son ensemble.

Et pour cela, il nous faudra peut-être renoncer à certaines certitudes. En 1637, dans « Le discours de la méthode », René Descartes invitait l’humanité à se « rendre comme maître et possesseur de la nature ». Mais l’enjeu est-il encore, aujourd’hui, de chercher, en mobilisant toutes les ressources de la raison, du savoir et de la technique, à nous extraire de la nature, à nous couper du reste du vivant ? N’est-il pas plutôt de comprendre que notre avenir repose pour l’essentiel sur des processus naturels que nous ne maîtrisons pas ? N’est-il pas temps de renoncer à nos illusions passées pour accepter enfin la réalité telle qu’elle est : complexe, spontanée, émergente, imprévisible ? N’est-il pas temps de nous réconcilier avec la nature, de faire la paix avec le vivant, plutôt que de nous épuiser à lui mener un combat sans issue ? Cette perspective de paix et d’harmonie nouvelle n’est-elle pas autrement plus satisfaisante que toutes les conquêtes éphémères et illusoires ?

Changer notre regard sur la nature, c’est comprendre que nous en dépendons. C’est accepter que nous n’en sommes pas séparés et que, malgré tous nos efforts, nous n’en serons jamais ni maîtres ni possesseurs. Cette vision de la vie va changer notre façon de penser et d’envisager l’avenir. Loin d’être un renoncement, elle pourrait bien amorcer une nouvelle phase, plus harmonieuse, plus joueuse peut-être, de l’histoire humaine. Elle nous inviterait à adopter une nouvelle posture, qui s’apparenterait plus à celle d’un surfeur, humble et agile sur la crête de la vague, qu’à celle d’un bulldozer, à la puissance factice et finalement dérisoire quand les éléments finissent par se déchaîner.

Nous devons apprendre à vivre en symbiose avec la nature. Et la bonne nouvelle, c’est que nous avons déjà commencé. Chaque jour qui passe, des initiatives se déploient un peu partout à la surface de la terre, à travers ces paysans qui inventent une nouvelle agriculture, ces entrepreneurs qui inventent une nouvelle économie, ces consommateurs qui inventent d’autres formes de coopération, ces citoyens qui inventent d’autres formes de solidarité. Chaque jour qui passe, nous devenons un petit peu plus des « symbiotes » plutôt que des guerriers conquérants. Nous progressons.

Nous aspirons tous au bonheur, à plus d’harmonie, à plus de sens dans nos vies professionnelles. Nous souhaitons tous léguer à nos enfants des conditions de vie au moins aussi bonnes, voire meilleures que celles dont nous avons bénéficié pour nous. Certes, les défis sont immenses, mais jamais nous n’avons eu autant d’opportunités d’agir, autant d’occasions d’influer chacun, là où nous sommes, sur l’avenir du monde. Que faire alors ? Par où commencer ? Et s’il s’agissait simplement, et avant tout, de reprendre confiance en nous, d’accepter la réalité au lieu de la fuir, d’apprendre les uns des autres en nous écoutant avec bienveillance et en partageant nos savoirs et nos expériences, de mieux coopérer ? Et si, après tout, construire ce nouveau monde c’était déjà une façon d’y vivre, dès aujourd’hui ? Et si, être acteur du changement, c’était déjà une manière de le vivre ?

N’attendons pas demain pour agir. Car ce nouveau monde est déjà là, bien vivant. Nous en sommes les ferments. N’y a t-il pas là une perspective réellement enthousiasmante ?

Emmanuel Delannoy, Pékin, 20 septembre 2017

[1] Jacques Weber (1946 – 2014) est un anthropologue et économiste français, spécialiste de la biodiversité et de la gestion des ressources naturelles.

Quand Usbek & Rica parlent de permaéconomie

A l’occasion du salon « Biomim’Expo« , qui c’est tenu au CEEBIOS, à Senlis, les 29 et 30 juin, j’ai été interviewé par Vincent Lucchese, du magazine « Usbek & Rica ». On y parle d’effondrement, de décroissance, mais aussi et surtout d’innovation sociales, de coopération, d’exaptation et, bien sûr, d’économie écologique.

C’est à lire ici :

https://usbeketrica.com/article/le-cout-humain-de-l-effondrement-sera-dramatique

 

 

Lancement officiel de « Permaéconomie » en Chine

 

 

 

 

 

 

 

Les versions chinoises de « Permaéconomie » et « L’économie expliquée aux humains » seront lancées de 20 septembre 2017, lors d’une conférence de presse à Pékin, en présence de l’auteur.

La conférence de presse sera suivie d’une conférence qui se tiendra dans la très prestigieuse université de Beida.

Plus d’information à suivre ici, bien sûr.

Biomim’expo 2, 29 et 30 juin 2017

Je serais présent, avec l’institut INSPIRE et plusieurs de nos sociétaires, à Biomim’expo, le grand rendez-vous annuel de l’innovation inspirée par la nature. J’y parlerai de permaéconomie, bien sûr, mais aussi d’innovation agile, de cette éthique de l’interaction sur laquelle la permaéconomie s’appuie, et d’une économie circulaire coopérative, reliée au vivant.
L’institut INSPIRE et le Pôle Ecodesign y présenterons la Marcotte et d’autres réalisations. Et attendez-vous à être surpris : on vous réserve quelques annonces !

Pour tout savoir, pour s’inscrire, c’est là !

Afterwork « Economie circulaire et Permaéconomie » le 1er juin à Marseille

Blue Ink, l‘Institut INSPIRE et Wiithaa s’associent pour vous inviter à un évènement sur le thème de l’économie circulaire et de la coopération le 1er juin 2017 à Marseille à partir de 16h30.

Cet « afterwork » est reçu par la CRESS PACA, partenaire de l’évènement.

À travers trois temps clés d’atelier, de conférence et de networking, ces acteurs de l' »économie de demain » vous présenteront des solutions pour des business models plus vertueux.

Dans un premier temps vous jouerez au Circulab, un business game de l’économie circulaire avant de découvrir, par une présentation détaillée, les principes fondateurs de la permaéconomie et d’échanger sur les solutions à mettre en place.

Les trois intervenants sont :
Emmanuel Delannoy, fondateur de l’Institut INSPIRE
Justine Laurent, associée chez Wiithaa
Emmanuelle Seguret, consultante indépendante chez Blue Ink

Programme :

  • 16h30-16h45 :
    Accueil et présentation des intervenants et partenaires
  • 16h45-17h00 :
    Présentation de la soirée et des thèmes abordés
  • 17h00-18h30 :
    Atelier Circulab, le business game de l’économie circulaire
    limité à 12 participants
  • 18h45-19h30 :
    Ouverture sur la permaéconomie et cocktail pour des partages conviviaux

    Inscriptions : https://www.weezevent.com/economie-circulaire-marseille

Une nouvelle promotion de permaéconomistes est prête !

Les 10, 11 et 12 mai dernier, l’institut INSPIRE organisait, en partenariat avec l’Institut des Futurs Souhaitables et Au Delà des Nuages, un « Formalab » Permaéconomie qui s’est déroulé dans les locaux de l’ESCP Europe à Paris.


9 participants, venus de tous les horizons et représentant 3 pays. 9 entrepreneurs, porteurs de projets, consultants, acteurs de la transitions ou salariés sont venus confronter leurs projets et les bonifier à l’aune des principes de la permaéconomie.

Arrivés curieux et ouverts, ils ont trouvé en chemin beaucoup de sourires, d’enthousiasmes, de questions, découverts de nouveaux concepts et de nouveaux outils, ils ont partagés leurs expériences et sont repartis avec de nouvelles perspectives.

Et pour tout vous dire, à la fin, il était difficile de deviner qui étaient les formateurs et qui étaient les apprenants. Bref, un beau moment de partage et de cocréation. Vivement la prochaine session !

Jardinons la France, pour une permaculture de la politique !

Par Rodrigue Coutouly, Forestier, Pédagogue, Essayiste,

La campagne présidentielle terminée, il en reste un désir de renouvellement des principes et des méthodes de gouvernance. La démocratie est en crise car les citoyens aspirent a dépasser les combats fratricides inutiles et souhaitent une autre manière de faire politique.  Ils souhaitent s’y impliquer davantage et voudraient  des représentants élus qui fassent preuve de davantage d’intelligence que de chicanerie. 

Ne pourrions-nous pas inspirer de la démarche de la permaculture créée par l’australien David Holmgren pour inventer une approche renouvelée de l’action publique qui répondrait aux aspirations des Français?  La permaculture est une méthode systémique et globale qui vise à concevoir des organisations (par exemple des habitats humains ou des systèmes agricoles),  en s’inspirant de l’écologie et du biomimétisme. Ainsi, si nous ne voulons plus d’une France considérée comme un champ de blé subissant partout les mêmes traitements et actes culturaux, si nous voulons d’une France vécue comme un jardin dont on prendrait grand soin de chaque lopin de terre, que l’on cultiverait avec attention, ou chaque individualité serait considérée et où les interactions seraient valorisées, alors les principes permacoles peuvent nous aider.

Tentons de repenser nos modes de gouvernance en reprenant les douze principes de la permaculture définis par David Holmgren (Permaculture, Rude l’échiquier,2014).

1-Observez et interagissez: en s’inspirant du vivant, des interactions, en observant les bonnes pratiques, en scrutant comme les choses se déroulent, on construit des politiques plus justes. Quand les cabinets ministériels et la représentation nationale iront , pour chaque réforme ou loi, discuter avec les cadres de terrain les plus pertinents, quand ils pratiqueront une écoute réelle et attentive de leurs interlocuteurs, alors ils pourront inventer des politiques à la fois adéquates (c’est à dire répondant aux problèmes réels des citoyens) et efficaces (c’est à dire ayant des effets tangibles et visibles). Cette construction de politique publique efficiente suppose de ne pas se contenter d’écouter les gens puis de construire la politique à Paris dans les antichambres du pouvoir. Il faudra interagir et revenir auprès des interlocuteurs, qui auront déjà été rencontrés, pour avoir leur point de vue au fur et à mesure que la politique publique s’élabore.

2-Captez et stocker l’énergie:   On peut faire deux lectures de ce principe. La première littérale serait de se donner les moyens de capter toute l’énergie dont a besoin une société, c’est à dire ici essentiellement de développer les énergies renouvelables pour ne plus dépendre à terme d’intrants coûteux et polluants. On peut aussi  y voir une métaphore de l’énergie en politique. Capter les énergies, cela veut dire s’intéresser aux personnes et aux collectifs qui au sein de la société civile, possèdent les idées novatrices et les capacités de démultiplier une politique sur le terrain. Cela signifie écouter et travailler avec les tisserands, ceux qui ont choisi de réparer les tissus déchirés du monde, ceux qui, au quotidien, tentent de mettre en cohérence les valeurs qui fondent nos sociétés et les réalités quotidiennes et pratiques qui constituent nos problèmes et nos difficultés. Si on va les chercher, les écouter, leur confier des missions, alors on renforce les politiques que nous voulons mener. Ce maillage fin suppose de sortir des logiques traditionnelles à l’œuvre dans les démocraties représentatives: vote et oublie pendant 5 ans.

Nos élus écoutent « leurs visiteurs du soir » mais se contentent de cela pour forger leur opinion. Stocker l’énergie en politique veut dire multiplier les contacts avec les personnes compétentes et « tisserands » sur un domaine de façon à disposer d’une grande variété d’opinions et de points de vue. On peut imaginer des annuaires publiques de ces personnes recensant les domaines d’intérêts et de capacités ainsi que des instances de consultation. Syndicalistes, représentants d’association, chefs d’entreprise, universitaires, cadres d’entreprise ou de la fonction publique, ces personnes seront invités à des réunions publiques où ils pourront débattre entre eux et avec les représentants élus. On sort ainsi des habituelles expertises lobbyistes défendant toujours les mêmes points de vue pour aller vers des processus d’intelligence collective où on invente ensemble, en écoutant tout le monde, avec la conviction qu’on est plus clairvoyant à plusieurs que tout seul.

3-Cherchez le rendement: pourquoi observer et dialoguer intensément avec la société civile de terrain? Pourquoi multiplier les contacts et les échanges? Pour chercher ensemble la politique publique la plus efficace, il faut sortir des politiques publiques mono causales, concentrées sur un seul objet. Elles doivent s’élaborer avec le souci d’améliorer, avec pragmatisme la situation, en en mesurant les effets, en travaillant directement avec les acteurs de terrain, avec le souci d’une organisation rigoureuse, mais qui cherche, à chaque fois, à s’adapter aux réalités rencontrées. Cette recherche de la nouveauté doit être aussi une quête de la Fraternité nécessaire. Pourquoi, en effet, améliorer les libertés individuelles ou  réduire les inégalités si  cela ne permet pas de rassembler, de réunir nos citoyens autour de projets communs? L’efficacité n’est pas seulement économique, elle suppose aussi de s’intéresser à l’entente et à l’harmonie entre les individus, à la construction de communautés vivantes et sereines.

4-Appliquer l’autorégulation et accepter la rétroaction: voilà précisément ce que notre personnel politique ne sait pas faire. On cherche vainement les situations publiques où l’on s’accorde à reconnaître nos erreurs et à changer rapidement ce qui ne marche pas. La démocratie représentative repose sur le principe du « vote et oublie » qui est le contraire de la rétroaction. Il nous faut inventer une démocratie participative où les possibilités de régulation des politique inefficaces pourront se multiplier. Cela suppose de sortir du triptyque des trois pouvoirs séparées dont la modernité date du XVIIIéme siècle! Il faut inventer d’autres pouvoirs, d’autres instances dont la fonction sera de favoriser cette régulation. Pourquoi  ne pas créer, à chaque niveau, une chambre de régulation, dont une partie des membres sera désignée par le tirage au sort et dont la principale mission permettra de poser un regard critique sur les politiques publiques suivies? Elles pourraient demander l’abrogation ou la modification de textes -même ancien- et ne disposerait pas d’un simple pouvoir consultatif mais d’une faculté exécutoire. C’est une proposition pour favoriser le processus rétroactif mais on pourrait en concevoir bien d’autres.

5-Utiliser et favoriser les ressources et les services renouvelables: là encore, on pourra, comme pour le deuxième principe, en rester au sens littéral mais si on l’applique à la politique, on voit bien l’intérêt de rapprocher cette idée de renouvellement de la classe politique. Si on multiplie les instances et les surfaces de contact entre les élus et la société civile, on fabrique les conditions du renouvellement des idées, des pouvoirs et des énergies. Renouveler, c’est recycler ce qui ne fonctionne pas ou plus, c’est inventer en tenant compte des nouvelles énergies qui apparaissent. Si le personnel politique en a fait sa profession, et se contente de faire carrière, il est condamné à ne pouvoir se recycler. Favoriser, au contraire, les interactions entre les différents mondes, c’est rendre « biodégradable » (!)  et professionnellement compatible les élus de la République avec le monde réel.

6-Limiter les déchets: La politique produit des idées, souvent très anciennes, dont on ne sait se débarrasser. Les débats sont encombrés de ces vieilles idées non dégradables et pourtant bien dégradées! Ces idées idéologiquement très dépassées sont des déchets qui pollue le débat public. Il faut donc sortir des approches doctrinales simplistes pour aller davantage vers des débats qui repartent des valeurs pour s’intéresser aux conditions concrètes d’élaboration de politiques publiques efficaces aux services de ces valeurs et de la société toute entière. Attention aux décharges idéologiques ! Travaillons au contraire à recycler ce qui est intéressant et brûlons les vielles idées complétement obsolètes!

7-Concevoir des modèles adaptés: la variété des territoires suppose des solutions qui tiennent compte de chaque contexte. Elles doivent être individualisées pour tenir compte des spécificités de chacun, on doit alors sortir du cadre jacobin qui prétend, sous prétexte d’égalitarisme, offrir la même solution partout. Les politiques publiques, et ses responsables, sont d’autant plus efficaces qu’ils laissent aux acteurs de terrain, la liberté d’ajuster le cadre commun aux réalités particulières rencontrées. L’intelligence publique doit apprendre à s’accommoder de cette souplesse.

8-Intégrer plutôt que séparer: la ségrégation socio-spatiale a fait bien assez de dégâts dans notre pays. Il faut fraterniser les territoires et harmoniser les communautés. Facile à dire, difficile à obtenir par la loi. Chaque politique publique, doit faire de ces principes, un levier du changement. La Fraternité doit redevenir une nécessité, interrogée chaque fois que une politique publique se conçoit et se dessine.

9-Préférer les solutions douces et lentes: il s’agit, là encore, d’adapter la politique aux territoires et aux citoyens et non l’inverse. Il faut, pour cela, sortir des politiques publiques qui prétendent tout changer depuis le haut. Réformer l’école, par exemple, ne veut rien dire, car elle est en réforme permanente depuis des décennies. Il faut cibler les bonnes réponses pertinentes et prendre le temps de les construire avec les principaux intéressées. Il faut cesser de croire que l’injonction de la loi réglera les problèmes,  rompre avec la prétention à réformer de fond en comble, chercher, dans l’interaction, les réponses pertinentes, même si elles semblent modestes.

10-Favoriser et valoriser la diversité: le monde politique est composé essentiellement de professionnels. Cet « entre-soi » ne favorise pas la recherche de solutions pertinentes à nos problèmes. En mettant en place de nouvelles instances et lieux de débats et de discussions, la politique permacole va jardiner la société en faisant participer des acteurs oubliés et déconsidérés: les simples citoyens, les jeunes, les retraités, les cadres du privé et du public vont disposer d’espaces de paroles et de décisions. A cette diversité des acteurs doit s’ajouter une diversité des instances: chaque instance, chambre de nos démocraties représentatives doit être accompagné par d’autres chambres ou instances de rencontres et de débats avec des citoyens. Certains seront désignés au tirage au sort, d’autres le seront sur leurs compétences ou qualités, d’autres seront ouvertes. Elles seront souvent consultatives, mais devront pouvoir prendre des décisions exécutives. Le principe de diversité suppose de laisser chaque institution décider du fonctionnement de ses nouvelles instances, avec un principe de comparaison et d’auto-régulation progressives construite avec les acteurs de la société civile et de communauté des citoyens « tisserands » qui s’y seront impliqués.

11-Utiliser les bordures, l’effet lisière et les marges: pour les territoires comme pour les instances démocratiques, la rencontre avec les autres communautés et entités démocratiques a une vertu : celle de favoriser les interactions et les comparaisons fertiles en idées. Valoriser et multiplier les occasions de rencontre entre les instances, les collectifs et les individualités, signifie échanger et multiplier les idées et les synergies qui évite l' »entre soi » mortifère.

12-Etre inventif face au changement: chaque fois que quelque chose ne fonctionne plus ou qu’une crise éclate, cela doit être perçue comme la possibilité nouvelle de l’invention d’une solution. L’intelligence collective que permet des instances variées, dynamiques et interconnectées va alors permettre d’essayer des nouveautés, de confronter des points de vue, d’innover. La politique doit devenir une entité vivante qui essaie, anticipe, change et s’adapte en permanence à la nature vivante des sociétés. Le « droit dans les bottes » est une attitude du passé, inefficace et contre-productive. Il faut la dépasser pour inventer avec les différents protagonistes, la solution de compromis qui convient à tous.

Cessons de cultiver la société depuis le grand tracteur des chambres de décisions, constitués d’élus éloignés. Descendons jardiner, au plus prêt de la terre et des espèces vivantes que constituent les citoyens et les collectifs qui peuplent notre pays. Le bien-être et la productivité commune y seront bien meilleure.

Merci à Abdennour Bidar et à Emmanuel Delannoy, ce texte leur doit beaucoup.

Article initialement publié sur le blog de l’auteur et reproduit ici avec son autorisation :
http://permasociete.canalblog.com/archives/2017/05/08/35261141.html