Impressions d’un après 17 novembre

N’y voyez pas une poussée d’égo, mais je vais ici largement parler à la première personne. Car ce que je décris ci-après est avant tout un ressenti personnel, un point de vue subjectif. C’est le récit d’un cheminement émotionnel et intellectuel qui n’appartient qu’à moi et pour lequel je n’aurais aucune légitimité à employer le « nous ». Considérez donc ce qui suit comme une bouteille à la mer, rien de plus. Libre à vous de l’accueillir pour en dérouler le message ou de la laisser là.

Il y a maintenant plus de dix ans, je faisais part à un ami de ma lassitude à répéter « toujours les mêmes choses », me désolant de ne pouvoir passer au niveau supérieur. Je répétais ce qui me semblait d’une telle évidence que cela devrait aller sans dire. Des choses comme : « la biodiversité c’est tout le vivant, humains compris » ; ou encore : « A chaque instant, quoi que nous fassions, nous dépendons du vivant à un point que nous n’imaginons pas. Nous dépendons de ce vivant qu’aujourd’hui nous ne connaissons même pas alors que nous prétendons le contrôler ». Beaucoup de choses de ce genre, inutile de vous faire un dessin. Je constatais déjà, avec tristesse, voire avec un brin d’amertume que, si puissants soient-ils, aucun de ces messages, et alors même qu’ils recevaient un accueil favorable voire enthousiaste, ne résistait à l’usure du quotidien dans lequel chacun devait forcément se replonger. Cet ami, ce compagnon de route d’alors, d’environ quinze ans mon aîné et militant écologiste de la première heure, me répondit : « Prépare-toi pourtant à continuer, car c’est pire que ce que tu penses. Non seulement la « prise de conscience » est encore loin d’être là, mais en plus, l’écart se creuse sans cesse entre les convaincus et les autres ».

Comment ne pas y repenser aujourd’hui ? Comment ne pas voir, dans ce miroir que nous tendent les gilets jaunes, le reflet déplaisant d’une pensée écologiste pétrie d’entre-soi et incapable d’apporter des réponses audibles à ceux qui subissent les aléas de la vie et n’ont pour seul horizon que le surendettement et des fins de mois difficiles. Cette pensée écologiste qui a certes raison sur le fond, parce qu’elle est la seule à faire le constat des limites physiques et biologiques auxquelles l’humanité se heurte aujourd’hui, mais qui a été jusqu’ici incapable d’inventer un nouveau récit susceptible d’entraîner l’adhésion des foules.

Il n’y a rien à apprendre de ce mouvement des gilets jaunes. Rien à apprendre, car il n’y a rien de nouveau. Toutes les conditions du drame qui se joue sous nos yeux – l’inertie collective face à l’urgence des défis écologiques et climatiques ; l’affaiblissement mondial des démocraties face aux mouvements « carbo-fascistes » – toutes les conditions de ce drame, donc, étaient réunies depuis fort longtemps. Un peu comme des plaques tectoniques qui poussent l’une contre l’autre, silencieusement, à l’abri des regards jusqu’au tremblement de terre qui « révélera », c’est à dire au sens strict qui « rendra visible » ces puissantes forces souterraines à l’œuvre. Les gilets jaunes, à mes yeux, c’est ça : un tremblement de terre qui révèle, rend visible cette fracture d’ordinaire invisible et ces tensions non dites dans notre société. Mais s’il n’y a rien à apprendre, il y a beaucoup à comprendre, ou à chercher à comprendre.

Comprendre, notamment, que ce qui se passe aujourd’hui est la conséquence d’une somme d’indécisions et d’hésitations accumulées au long de décennies d’attentisme. L’aménagement et la spécialisation des territoires, l’organisation et la segmentation du travail, la précarité économique, le sentiment d’abandon, l’augmentation des distances parcourues ne sont que les conséquences, au coût humain, écologique et social très lourd, de renoncements successifs. Les responsabilités sont tellement partagées et diluées qu’il serait vain de les rechercher. Et de toute façon cela ne nous avancerait à rien. Mieux vaut chercher à comprendre le processus qui nous a conduit là. Et s’attaquer aux vraies causes et non aux seuls symptômes. J’en arrive, petit à petit, à me convaincre que la fiscalité écologique, si elle est en théorie utile et sans doute à terme nécessaire, ne pourrait-être, dans le contexte actuel, qu’au mieux inutile, façon emplâtre sur une jambe de bois, et au pire contre-productive si elle devait réduire encore la marge de manœuvre de ceux qui doivent tant bien que mal s’adapter. C’est aux causes qu’il faut s’attaquer. Si les gens doivent se déplacer, c’est pour aller travailler. S’ils sont allés habiter loin des endroits où l’on trouve du travail, c’est que le coût de l’immobilier les y a contraint. Constats simplistes, sans doute insuffisants, mais en partie vrais et sur lesquels il serait irresponsable de faire l’impasse. Ajoutons à cela les phénomènes de métropolisation, de spécialisation et de concentration des pôles économiques, et le fait que la précarité de l’emploi n’incite pas forcément à déménager pour se rapprocher de son travail.

La seule solution viable à long terme, plus que la transition vers d’autres formes de mobilité, c’est de revitaliser les territoires. De recréer de l’activité économique ou agricole là où il n’y en a plus. D’ancrer les modèles de valeur dans des écosystèmes économiques territoriaux reposant sur la coopération, l’économie circulaire, l’économie de fonctionnalité. De contextualiser le développement économique au lieu de vouloir le standardiser dans l’espoir vain de le rendre compétitif. Cette transformation radicale de notre économie, de nos territoires, des modèles économiques de nos entreprises, de nos circuits de distribution et de consommation est la condition sine qua non de la réussite d’une transition écologique. Mais elle demande une ambition, une impulsion et de la constance dans la mise à disposition des moyens qui manquent dramatiquement aujourd’hui. Alors, il est tellement plus simple d’inverser les choses et d’agir sur les conséquences plutôt que sur les causes. Et donc de faire payer ceux qui subissent. J’arrête là le développement, car il y aurait tant à dire encore. Mais ce qu’il y a d’essentiel à comprendre, après ce mouvement du 17 octobre, c’est qu’on ne peut plus se contenter de regarder et de traiter les choses en surface. Il faut rechercher et traiter les causes réelles et profondes. Sans confondre urgence et précipitation, il est nécessaire de prendre le temps de s’attaquer à des chantiers de longue haleine, quitte à mettre en place temporairement des mesures d’accompagnement social. Et tant pis pour le déficit budgétaire d’aujourd’hui. Il n’est rien face à ceux qui nous attendent si on ne désamorce pas les nombreuses bombes à retardement économiques et sociales dont les minuteurs tournent en silence.

Et puis, dans ce miroir tendu par les gilets jaunes, il y a aussi à ressentir, plus personnellement. Avant le 17 novembre, ma première impulsion a été la colère. Mauvaise conseillère, comme toujours, elle m’a poussé à rejeter en bloc ce mouvement, déplorant une hiérarchie de valeurs dans laquelle je ne pouvais me reconnaître. Manifester contre la hausse des prix du carburant, alors qu’il y a tant de détresse, de misère, de menaces ? Il y a certes, aussi, beaucoup de petits égoïsmes, de refus de changer – ne serait-ce qu’un peu – son style de vie. Il y a aussi, évidemment, des récupérations nauséabondes. Mais, dans ce mouvement disparate, « foutriste » comme je l’ai lu ailleurs, il y a aussi l’expression d’un sentiment d’abandon, d’un désespoir, d’une amertume lentement sédimentée. C’est tout cela qui vole en éclat aujourd’hui, avec fureur et fracas, comme le retour de ballon d’un « mépris de classe » sinon réel, du moins ressenti.

Et face à tout cela mon sentiment personnel est d’abord celui d’un triste constat d’échec. Une baffe dans la gueule. L’impression désagréable de m’être trompé, sinon de combat, du moins de terrain. De n’avoir pas su jouer mon rôle dans cette partie collective. Beaucoup d’autres, que j’estime et admire, ont su faire bien plus et bien mieux. Ils ont pris des risques personnels, assumé leur choix, sont allés jusqu’au bout de leurs engagement. Ils sont allés sur le terrain, là où personnellement j’en suis resté aux idées. Mais même là, il y avait tant à faire. Il aurait fallu que j’invente un langage que tout le monde puisse comprendre. Que je raconte des histoires dans lesquelles tout le monde aurait pu se situer, se projeter. La meilleure des idées, la plus puissante des idées ne vaut rien si elle n’est pas transmise et intégrée. A la fois partagée largement autant qu’appropriée par chacun. Bien sûr, je n’aurais rien pu faire seul. Mais j’assume ma responsabilité et ma part d’échec. Peut-être serait-il temps que je ferme ma gueule. Peut-être serait-il temps que j’arrête et que je laisse faire d’autres qui sauront faire mieux que moi. Mais pour autant, je me refuse à sombrer dans l’amertume. Je sens bien, au fond de moi, que je veux continuer à prendre ma part, que j’en ai besoin même. Mais, après cette grande baffe dans la gueule, cette nième et cuisante leçon d’humilité, cela se fera, sans aucun doute, autrement. Et si je ne sais pas encore comment, je sais en revanche que je vais avoir besoin de vous, de vos conseils, de vos éclairages, de votre indulgence. J’ai l’impression d’avoir tout à apprendre, ou à réapprendre.

Ce qui, paradoxalement, serait presque enthousiasmant.

Ce n’est pas l’énergie qui est trop chère en France, c’est le travail

J’aurais pu intituler ce post « Cher gilet jaune, je te tends la main », mais je préfère ce titre-là, un peu plus provoquant :

Ce n’est pas l’énergie qui est trop chère en France, c’est le travail.

(Chers gilets jaunes, ne vous arrêtez pas là, continuez jusqu’au bout, vous verrez qu’on peut peut-être – j’espère – arriver à s’entendre)

Explications :

Une fiscalité sur le travail élevée (en termes de charges patronales et sociales), si dans le même temps l’énergie est (relativement) bon marché, c’est une incitation directe à :

  • Rechercher des gains de productivité sur le travail : horaires décalés, taylorisme, automatisation, process standardisés asservissant l’humain à la machine, cadences insoutenables, etc. Donc stress, perte de sens, découragement, Burn out, et autres joyeusetés des temps modernes.
  • Délocaliser la production, parce qu’il coûtera moins cher de transporter les marchandises sur de grandes distances que de les fabriquer sur place. Conséquences : désindustrialisation, chômage, désertification territoriale, etc.

La solution, c’est de baisser les charges sur le travail (ce qui permettra d’augmenter les salaires nets) pour réduire le cout du travail, et d’augmenter la fiscalité sur l’énergie.

Pour le consommateur final, ce sera transparent (il paiera plus cher son plein d’essence, mais ce sera compensé par une augmentation de son salaire net).

Pour les producteurs et les investisseurs, c’est une incitation à relocaliser les productions et à miser sur la qualité plus que sur le volume : donc un travail qui retrouve du sens, des territoires en voie de désertification qui retrouvent de l’activité, etc.

Pour être efficace, ce transfert de fiscalité doit être accompagné d’aides ciblées pour favoriser les investissements dans l’efficacité énergétique, le renouvellement du parc automobile, l’intermodalité et les transports actifs, et aider les ménages modestes à améliorer leur logement.

De façon évidente, l’impact sur le changement climatique est important, puisqu’en misant sur la relocalisation et la réduction des consommations d’énergie, on limite drastiquement les émissions de carbone.

Du point de vue de la compétitivité économique, l’impact est neutre : il ne coûtera pas plus cher de produire en France, c’est la répartition des charges qui va changer.

D’un point de vue budgétaire, pour l’Etat, c’est neutre. C’est donc compatible avec les critères de convergence européens. Mais l’impact potentiel d’un tel transfert sur l’emploi, la qualité de vie, la santé et l’environnement est considérable. On a donc – vraiment – tous à y gagner.

La diversité, cette utopie qui rendra possible toutes les autres

A chaque époque son utopie. J’entends par là une idée, une « valeur », qui fixe un cap, donne une direction pour avancer. Prenons par exemple notre devise nationale : « Liberté, égalité, fraternité ». Trois mots, trois idées, trois valeurs ou trois utopies qui se complètent, s’articulent de façon parfois instable mais qui rassemblées en une même devise permettent de faire émerger ces fameuses « tensions fécondes » dont nous avons tant besoin pour progresser.
La liberté fut l’utopie d’un temps ou le peuple n’était pas souverain mais sujet. L’égalité celle d’un temps où selon votre naissance, votre ascendance, vous n’aviez pas les mêmes droits. Ces combats là sont-ils gagnés ? Bien sûr que non. Des progrès ont été faits, mais ils restent bien fragiles. Et pour chaque progrès, combien de reculs ?
La fraternité est l’utopie d’un temps où les humains, nos semblables, se déchirent, se divisent, se méprisent, semblent comme incapables de surmonter leurs différents et leur différences pour, selon l’expression de St Saint-Exupéry, « regarder ensemble dans la même direction ». Ce temps là, nous n’en sommes pas sortis, loin s’en faut.
La fraternité, si elle apparaît en dernier dans notre devise nationale, est pourtant bien l’utopie qui rendra possible les deux autres. La fraternité est la condition sine qua non de l’égalité et de la liberté. En la plaçant en troisième position, c’est comme ni nous avions placé la première marche d’un escalier après la deuxième et la troisième. Il n’est donc pas étonnant que, avec une hiérarchie de valeurs aussi bancale, nous nous cassions souvent la figure !
Il me semble, cependant, que nous avons oublié une marche à l’escalier : la première, peut-être même le socle de toutes les autres. En amont même de la fraternité, la liberté et l’égalité (J’ai tendance à trouver que ça marche mieux dans ce sens là – chacun se prononcera).
Cette première marche, ce socle sur lequel la construction des autres utopies sera peut-être enfin possible, c’est la diversité.
Il bien facile de considérer l’autre comme son frère ou sa sœur s’il nous ressemble en tous points, s’il parle la même langue, revêts les mêmes habits, partage les mêmes goûts et les mêmes orientations sexuelles, politiques ou religieuses que nous. Mais ce n’est alors pas de la fraternité. Ou, en tout cas, c’est une conception si étriquée de la fraternité qu’elle ne permet pas de faire société, qu’elle ne permet pas de vivre ensemble de façon apaisée, qu’elle ne permet pas de construire les liens de confiance minimum qui permettent à chacun d’exprimer sa liberté dans le respect de celle des autres.
La diversité, entendez par là le fait non seulement d’accepter la diversité, mais aussi de la promouvoir et d’en faire une valeur fondamentale de nos sociétés, est aujourd’hui une utopie urgente et nécessaire.
Pourtant, tout aujourd’hui, malgré les discours et les propos superficiels, tend à nier la diversité ou à la repousser dans les marges. La façon dont nous éduquons nos enfants fait fi de leurs différences voire même cherche explicitement à les gommer. Notre modèle de démocratie représentative a tendance à lisser les différences ou les nuances dans les opinions des citoyens, poussant de nombreuses frustrations à s’exprimer de façon violente. Notre modèle industriel, fondé sur la standardisation et l’uniformisation, cherche à nous faire adopter les mêmes produits, les mêmes services, par delà nos aspirations réelles et au mépris de nos différences culturelles. Notre agriculture nie la diversité des terroirs, des climats, des sols et des semences, et ce faisant, contribue à les affaiblir. Notre mode de développement, d’urbanisation, de gestion des espaces et des ressources provoque l’effondrement de la biodiversité, appauvrissant notre monde et nous plongeant dans cette « réalité diminuée » dont j’ai déjà parlé ici. Or, les effets de cette « réalité diminuée » sur notre façon d’être seront dramatiques, même dans l’hypothèse, peu probable, où notre espèce ne serait pas elle même emportée par l’effondrement biologique dont nous sommes la cause.  La diversité, sous toutes ses formes, s’estompe, voire s’effondre, sous nos yeux. Et ce n’est pas juste dommage ou regrettable : c’est un pilier essentiel de la vie qui disparaît et dont nous sommes en train, par ignorance, par indifférence, sans parler bien sûr de la malveillance, de nous priver.
Nier la diversité, la repousser dans les marges, c’est instiller de manière perfide l’illusion qu’il y a « nous » et « les autres », et que nous pourrions très bien vivre les uns sans les autres, ou les uns séparés des autres. C’est nier nos interdépendances et leurs effets sur notre évolution non seulement personnelle, culturelle et sociale, mais aussi, au sens strict, biologique. Comme l’a si bien exprimé Boris Cyrulnik, « le paradoxe de la condition humaine c’est qu’on ne peut devenir soi-même que sous l’influence des autres ».  Ce qui est vrai des individus l’est aussi des sociétés humaines et des espèces : nul ne peut s’épanouir et être ce qu’il est sans altérité.
Il est urgent d’ériger la diversité au rang de valeur fondamentale, d’en faire un pilier de notre socle de valeurs. Il est indispensable, essentiel même, de la valoriser, de la promouvoir, de la rechercher activement et de la restaurer, tant qu’il est possible.
La diversité est l’utopie de notre temps. Elle est celle qui rendra possible toutes les autres.

Finding the right lenses for a complex world

J’ai récemment eu l’honneur d’être invité à participer au sixième colloque international sur les relations enseignants-étudiants, organisé par la Sri Adwayananda Public School, à Malakkara, Kerala.

Dans ce cadre, il m’a été demandé d’intervenir en ouverture du colloque, avant une présentation de la Permaéconomie aux étudiants et l’animation d’un Hackathon, suivant la méthode du Pro-action Café, sur l’évolution de l’école de de son réseau de partenaires nationaux et internationaux.

Voici le texte de mon intervention en ouverture (en anglais) :

Principal and general convener,

Members of the Alliance Educational Foundation,

Honored guests,

Dear teachers,

Dear students and alumni,

Ladies and gentlemen,

Dear colleagues,

 

It is a great honor to be with you today, here, for the opening of this colloquium. It is also a great emotion for me to be invited to give this address on education, because I deeply think that education is the best, the most relevant and the most efficient investment we can make to prepare our future.

Teaching can sometimes be done through stories, which can be used as metaphors and are easily remembered. But teaching is also the best way to write the next chapters of our common story. And the least I can say about our story is that it is… unfinished.

So let’s look back a little to find out where we are today before considering how we could write the next chapters.

This is our story. We are, collectively, the main character of this story.  We are, and when I say “we”, I mean we as a specie, Homo sapiens, pretty “bizarre”. Yes, indeed, Homo sapiens is a very strange specie.

For example, we feel anxious about the future. This is quite a paradox as we are, as far as I know, the only specie on this planet to have the ability to consciously plan and act for its future, even on a long-term basis.

We spent a lot of time and energy to compete against each other’s, while so many species, like trees, fungi and even bacteria’s have chosen to cooperate, which appears to be a pretty good strategy, relevant in many different contexts.

We widely put an emphasis on individual intelligence, soon to be broaden (or maybe not) by artificial intelligence. But we dramatically lack the kind of collective intelligence some other living organisms, like insects, have experienced with great evolutionary successes. We, individual geniuses, have developed dumb communities. Bees and ants do it exactly the other way round. That sounds funny, and that would be, if we weren’t facing dramatical issues like the one we must deal with today.

You know the story, so I’ll make it short: global warming, biodiversity loss, soil erosion, pollutions, ocean’s acidification, among other issues, are challenging our ability not only to build a sustainable future, but also a desirable one. A future in which it would be possible for everyone, on this Earth, to express their rights for “Life, liberty and the pursuit of happiness”, as stated in the famous sentence of the United States declaration of independence.

Historically, we, humans, have developed a strong fear about nature. We have tried, not limiting our efforts and indeed with some success, to build walls between us and nature. We have done this since the invention of agriculture, during the epoch called Neolithic, and continued with the development and improvement of technologies. French philosopher René Descartes nailed it, in his “Discours de la méthode”, published in 1637, when he stated that we should act “as if we were masters and owners of nature”.

And, of course, our economy reflects these conceptions. We have developed a “one way” economy, a linear economy which extract, transforms, use and waste. We have developed a dispersive economy, with negative externalities. We have developed a competitive economy, used as a tool of power and domination.  Of course, this could have been done otherwise. And, luckily, this can still be changed. Economy is a tool, not a rule.

But in the meantime, this is where we are. “Seeds, steam and steel”: sounds like a summary of human modernity. “Heat, treat and beat”, would make a good summary of human industry.

As the astrophysicist Hubert Reeves pointed out: “We are on war against nature. But if we win that war, we are lost”.

What we have forgotten, is that we depend on nature. “Every breath you take, every move you make” (no, I will not sing it like Sting), depends on the ability of plants to transform the energy from the sun into some sugars and proteins you can digest, and oxygen you can breathe.

But plants depend on insects for pollination, and on earth worms for the formation of the soil. Insects and worms depends on bacteria’s, they nest in their digesting system, to extracts the nutrients they need. And so on. Every single organism on this earth depends on myriads of other organisms. And we make no exception. We nest, in our body, 1.000 more microbial cells than human cells. This is about 2.5 kg in average. We could not breathe, digest, preserve our integrity and protect ourselves from pathogens without these tiny helpers. When we consider this, and think about all the implications, it can lead to a radical change in the way we consider ourselves in the world. If you have so far considered yourself as an individual, maybe a part of a community or an ecosystem, think about it. You are not an individual. You are an ecosystem. Whenever you want it or not, you are not alone, and will never be.

This is what we are: a sum of complex systems of interactions and interdependencies, ourselves being in interaction with other complex systems of interactions and independencies.

WOW!  Put this way, the world seems much more complex than we ever thought it was. And, yes, indeed it is. And this is great news.

This is great news because, in complex systems, magic happens. Magic, here, in more scientifically sound terms, is called emergence. This property of complex systems means, basically, that a system is more than the sum of its parts. Great news: you can ask for more! This opens the gates for future innovations in so many fields: agriculture, industry, education, local governance, etc.

Nature tells us that we all interact and cooperate in complex systems of interdependencies. That all living organisms are playing a role in dynamic coevolution processes, building resilience and adapting to changes.

There is a great lesson to take in consideration here.

Why not, taking this new vision in consideration, invent an agriculture that will not fight against nature, but play with it? An agriculture that will not “degrade” our environment, but “agrade” it, improving the soils, cleaning the water, storing carbon and creating spaces and opportunities for biodiversity. This agriculture is already here. It is called “permaculture”.

Why not invent an economy that will agrade the environment, by not only offsetting its negative externalities but also by providing positive externalities? An economy inspired by nature, compatible with life principles, relying on cooperation and collective intelligence, preserving the common goods and giving everyone his share? This economy is on its way. I’ve called it “permaeconomy”.

Don’t stop your imagination here. Why not imagine cities, local communities and education systems based on the same principles?

Don’t misunderstand me: I’m not talking about a nostalgia for a “golden age” from the past. This is the opposite: this is a radically new way to consider innovation. Not only technical innovation, even if this one has also a role to play of course, but also “immaterial innovation”: innovation in processes, in organizations, in cooperation, in governance, in management.

You may think that I’m an utopist, but I’m not. Everything I’m talking about has already been experienced, with success, somewhere in the world. Time may sound hard through the lenses of the mass medias, but there is a silent revolution on its way. The next move we need is a change of scale.

And our role, for us teachers, is to prepare our students for this world. We must build knowledge, boost confidence, open minds and imaginations, provide the right lenses to understand complexity, teach to cooperate.

It sounds like a tough job. But can you think about a more stimulating challenge?

Thank you very much.

 

Réalité diminuée

Madeleine Renaud disait « les oiseaux sont les derniers animaux sauvages que l’on peut voir facilement ».

Mais pour combien de temps encore ?

Nous vivons dans un moment bien particulier : 26 ans après le sommet de la terre à Rio, plus de 30 ans après l’apparition de l’expression « développement durable », 55 ans (!) après la publication de « Silent spring », par Rachel Carlson, il est à nouveau question d’un printemps silencieux.

Semaine après semaine, des travaux scientifiques rigoureusement validés nous confirment ce que nous savons déjà. 50 % des populations de vertébrés sauvages ont disparu de la surface de la terre en 50 ans. Les populations d’insectes volants, parmi lesquels les pollinisateurs, ont été divisé par 4 en 40 ans. La disparition des oiseaux, mêmes des espèces autrefois les plus communes, s’accélère sans cesse. Et les océans qui se vident sous les coups de butoir de la surpêche, des pollutions chimiques et sonores, de l’artificialisation du littoral et de l’acidification.

Nous vivons dans un moment où la biodiversité, entendez par là l’ensemble des formes de vie sur terre ; la vie à tous ses niveaux d’expressions, des gènes aux écosystèmes en passant par les espèces ; et, ce qui est peut-être l’essentiel, leurs interrelations entre elles et avec nous ; cette biodiversité donc, qui disparaît, qui s’effondre sous nos yeux indifférents, à un rythme 1000 fois supérieur au rythme naturel d’extinction des espèces.

Ce monde-là, que nous avons déjà presque oublié avant d’en avoir fait le deuil, tant nous « zappons » à travers un flot continu d’informations désordonnées, tant nous avons tout fait pour ériger des barrières mentales et technologiques entre lui et nous, s’efface.

Et c’est, avec lui, une part de nous-même, de notre culture, de notre capacité empathique, de notre humanité qui s’estompe peu à peu.

Il est paradoxal de constater qu’au moment même où nous parlons de plus en plus de « réalité augmentée », que ce soit dans le monde des loisirs ou des applications professionnelles, nous sommes en fait confrontés, chaque jour qui passe, à un monde qui s’appauvri, et qu’il conviendrait plutôt de prendre conscience que nous nous habituons, sans vraiment réagir, à ce qu’il faut bien appeler une « réalité diminuée ».

Notre monde ressemble de plus en plus à celui qui décrivait Philip K. Dick dans son roman « Les androïdes rêvent-il de moutons électriques », qui allait donner « Blade Runner » au cinéma. Derrière l’apparence d’un roman de science-fiction, ce livre est en fait le premier ouvrage grand public sur l’empathie. Ce que Philip K. Dick y décrit, c’est un monde dans lequel les humains, désemparés, perdus, vivent sans aucun contact avec d’autres espèces que la nôtre. Un monde dans lequel les repères sont estompés. Un monde dans lequel vivre en humain est désormais un défi presque impossible, puisqu’il n’y a plus de non-humains.

Il est aussi temps de relire, avec le recul dont nous disposons aujourd’hui, cet autre texte prémonitoire qu’est la « Lettre à l’éléphant», de Romain Gary. Face aux défis que représentent, entre autres, la montée des extrêmes xénophobes, la radicalisation et les tentations complotistes, il est indispensable de renforcer notre capacité à accepter la différence, la tolérance, le respect, le fameux « vivre ensemble » et l’empathie. Or, cette tâche nous sera de plus en plus difficile à mesure que notre espèce sera de moins en moins entourées d’autres espèces, des plus charismatiques et « sympathiques » aux plus étranges ou dérangeantes. Or, ces vertus-là sont essentielles. Elles sont le socle qui fonde tout engagement. Elles sont ce dont nous aurons le plus besoin pour ce grand voyage vers un monde inconnu, dont chaque jour qui passe nous rapproche.

Le Permanagement

Note : C’est un article important que je relaie aujourd’hui, avec l’autorisation de son auteur, Guillaume Pérocheau, enseignant chercheur à Aix-Marseille Université. En proposant une remise à plat des 4 mythes fondateurs du management, il ouvre des perspectives absolument passionnantes. Je n’en dit pas plus et vous laisse lire. Comptez sur moi pour y revenir bientôt. 

L’échec du Management

Depuis les années 50 nous sommes entrés dans l’ère géologique dite de l’Anthropocène, une ère dans laquelle l’activité humaine est la principale force géologique (Crutzen 2002; Steffen et al. 2007). Or il s’agit d’une Anthropocène péjorative : l’extinction des espèces est 100 fois plus rapide que dans l’ère précédente (Leakey 1996), et désormais, chaque année, le suicide fait plus de morts que l’ensemble des guerres sur la planète (Anon n.d.). Si l’activité humaine est la cause de cette Anthropocène, c’est donc qu’il faut revoir notre vision même de ce qu’est l’activité collective des hommes. Or, le paradigme dominant en ce domaine est le management, dont les mythes et récits gouvernent l’activité dans des millions d’entreprises, commerces, prisons, hôpitaux, universités, ONG à travers le monde depuis presque un siècle. Pour vivre un autre anthropocène, une autre ère de l’homme, nous devons donc faire un changement complet de paradigme en matière de management, de gestion, d’organisation.

Pour construire un pont, faire rouler des trains, soigner des patients dans un hôpital, explorer des fonds marins, faire de la recherche, nourrir les hommes, s’amuser, il faut bien se coordonner, se rencontrer, se donner des cadres, avoir un minimum de planification, il faut aussi échanger. Or, depuis le début de la révolution industrielle, nous avons inventé un ensemble de règles, de pratiques, de récits, de concepts, pour orchestrer l’activité collective. Cet ensemble polymorphe, que nous désignons du mot valise « Management », s’appuie selon nous sur 4 mythes fondateurs :

Les 4 mythes fondateurs du Management

  • Le premier mythe, imposé par les économistes, c’est que l’activité collective a comme but principal de satisfaire des agents économiques rationnels (Smith 1776),
  • Le second mythe, issu de l’impérialisme des grandes nations, est que pour croître, on doit, on peut exploiter des ressources naturelles (Zimmerer 2001),
  • Le troisième mythe, issu des sciences de gestion, est que nous avons besoin de règles et de pratiques pour améliorer la performance des organisations (voir … n’importe quel manuel de Management).
  • Et le quatrième mythe, issu de la politique, est que l’arrière-plan de l’activité collective, c’est la guerre économique perpétuelle (Colin 2012).

Ces 4 assertions sont des mythes, en ce sens qu’elles sont des affirmations auto-réalisatrices (Merton 1948), ancrées dans une vision du monde (une ontologie) dualiste. Dualiste, parce qu’elle sépare l’homme de la nature, le corps de la pensée, le Nord du Sud, le client du fournisseur, etc.

Nous proposons ici une alternative, le concept du permanagement, qui décrit un ensemble de principes et d’outils pour repenser l’activité collective, en renversant en profondeur ces quatre mythes pour tenter de construire un Anthropocène heureux. Il s’agit d’un néologisme entre Management et Permaculture. Le préfixe »perma » renvoie également à la permission (que l’on donne, que l’on reçoit, celle d’être libre) et à la perméabilité, qui est une autre manifestation de l’interdépendance.

Le Permanagement dans un monde non-dual

Nous ancrons le permanagement dans une vision non-dual du monde,(Hanh 1988; Besel 2011; Latour 1999) dans laquelle nous comprenons qu’une femme, un homme, un plant de vigne, une entreprise, un pont, un syndicat, un allemand et un indonésien sont interdépendants les uns des autres, et sont des processus en transformation perpétuelle. D’ailleurs cette ontologie non-duale s’impose d’elle-même dans l’Anthropocène, puisque dans cette ère géologique nous savons que la façon dont je mange à Toulon ou dont tu te déplaces à Dijon, aura un impact direct sur les conditions de vie d’un mineur en Afrique, ou sur le devenir de la grande barrière de Corail. Ce n’est donc pas tant une posture politique ou philosophique que le simple ré-alignement avec la nature réelle du monde.

Le schéma du permanagement présenté ci-dessous s’inspire visuellement de la notion japonaise de l’Ikigaï, et aussi de certaines représentations faites du développement durable, en y ajoutant la dimension « s’organiser ».

Aux intersections de ces cercles, apparaissent les notions de Liberté, de responsabilité, d’équité et de durabilité, qui seront commentées par ailleurs.

Satisfaire Homo Economicus => A) Rencontrer des êtres Vivants

Le premier changement de paradigme concerne la notion d’Homo Economicus. L’idée que les hommes au travail, les hommes consommateurs, sont avant tout des agents économiques rationnels faisant des choix rationnels, dans le but de maximiser leur satisfaction personnelle, cette idée reste encore très profondément ancrée dans nos façons de voir les humains (Anderson 2000). Ce concept d’Homo Economicus, projette l’image d’un humain seul, séparé des autres humains et séparé du monde, tentant de satisfaire ses besoins. Et c’est cet être là, insatisfait et égoïste, que le management tente habituellement au mieux de servir ou d’éduquer, de motiver, de contrôler et au pire de manipuler .

Dans le permanangement, nous défendons l’idée de rencontrer des êtres vivants. L’enjeu de la vie, l’enjeu de la vie en société, du travail, de la vie collective, c’est d’aller à la rencontre de l’immense complexité des êtres vivants que nous croisons chaque jour. A commencer par aller à la rencontre de nous-même, de ce qui nous anime. Les humains ont des émotions , un passé, des habitudes, une culture, une langue, un réseau, des rêves, et éventuellement, une inclination profonde à contribuer, à prendre soin (Böckler et al. 2016; Batson 2011; Singer et al. n.d.; Ricard 2013) L’humain que nous décrivent d’autres branches des sciences sociales, comme l’anthropologie, la sociologie, la psychologie, les neurosciences, l’histoire, la littérature, est un être infiniment plus riche et plus complexe que cette vision réductrice d’un homme agent économique.

De plus, l’humain n’est pas le seul être vivant sur cette planète, et dans son activité et ce depuis la nuit des temps, il est accompagné par des animaux et des plantes avec qui il vit en osmose, et sans lesquels aucune vie n’est possible. Ces êtres vivants là aussi, nous souhaitons les rencontrer.

Améliorer la performance des Organisations => B) S’organiser en Harmonie

Le deuxième changement de paradigme concerne notre approche de l’activité collective. Lorsque nous manageons notre activité, nous souhaitons avant tout améliorer la performance de nos organisations. Nous travaillons pour le bien d’une entité abstraite, une personne morale, nous la réifions, nous pensons qu’elle a une culture, une autonomie, nous prenons soin de sa structure, de ses processus, de son image, de ses frontières. Nous feignons de croire que nos organisations sont permanentes, et nous souffrons lorsque nous devons les adapter, les modifier, les quitter (Weick 2012).

Dans le permanagement ce n’est pas la performance qui est le but ultime mais c’est l’harmonie. La performance, la structure, les processus, l’image, ne sont là que pour favoriser l’harmonie entre des femmes et des hommes qui souhaitent se coordonner dans le travail. On ne met pas l’accent sur une organisation réifiée, mais sur le verbe s’organiser(Weick et al. 2005). Une entreprise est un processus, une transformation, le résultat des efforts combinés, une flamme. C’est plus un verbe, une action en train de se faire (une entreprise), qu’un substantif, un objet. Nous préférons participer à une entreprise plutôt que de travailler dans une boîte. Entreprendre, c’est prendre ensemble.

Lutter dans la Guerre économique => C) Echanger dans la Paix Economique

Le troisième changement de paradigme concerne le mythe de la compétition. En Occident et dans une grande partie de l’Orient, les guerres chaudes, armées contre armées, ont à peu près disparu. Mais elles ont été remplacées par un climat perpétuel de guerre économique(Colin 2012). Chaque année, ces guerres font des milliers de morts, morts de stress, de maladies chroniques, de pollution, de dépressions. Cette lutte incessante se propage à tous les niveaux. C’est la compétition entre les États-nations, entre les économies, entre les continents, les cultures, les sexes, les entreprises, les employés, les équipes de sports, les partis, les pour et les contre. Nous créons systématiquement 2 camps, 2 antagonismes, une dualité, attachés que nous sommes au mythe de la compétition (Kohn 1986). Mais tôt ou tard, la compétition mène à la violence. Et en attendant, il n’y a presque pas de discours sur un possible après-guerre.

Le permanagement veut porter un discours de paix économique (Duymedjian & Huissoud 2012). L’activité collective n’a pas comme objectif d’être en lutte et de gagner le combat contre les autres. Son horizon est de créer, d’échanger et de partager des ressources, des connaissances, de la nourriture, des jeux, des loisirs, pour le plus grand nombre, et en respectant la place de chacune et de chacun, animaux et écosystèmes y compris. Nous parlons volontairement d’échanger parce que l’échange commence souvent par le don et que le don est à la base de toutes les sociétés humaines (MAUSS n.d.; Alter 2009).

Exploiter des ressources naturelles => D) Prendre soin de Terre-Mère

Le quatrième changement de paradigme que nous proposons concerne notre relation au monde. Dans une vision traditionnelle dualiste, le monde et en particulier le monde naturel, apparaît comme un décor pour l’activité humaine (au mieux) ou une possession de l’homme (au pire). Il y a une séparation, une grande fracture, entre l’homme et la nature(Oelschlaeger 2007; Goldman & Schurman 2000). Dans les racines du management, né au 19ème, dans une période ou la terre semblait infinie, philosophiquement encore plate, la nature est un stock de ressources naturelles que l’on peut exploiter et transformer.

Dans le permanagement, nous comprenons que les êtres humains sont une partie de la nature. Nous sommes de la poussière d’étoiles, mais bien plus encore nous sommes la poussière de la planète Terre : nous en venons et nous y retournons. Un être vivant n’est que l’expression temporaire d’une possibilité de la planète. Dans nos actions collectives, lorsqu’elles sont faites avec cette conscience-là, notre plus belle motivation est de prendre soin de notre Terre-mère, c’est à dire de prendre soin de nous-mêmes, et de nos enfants(Rabhi 2012; Latour 2013).

Au final, le permanagement c’est d’aller à la rencontre d’êtres vivants pour s’organiser en harmonie afin d’échanger dans la paix économique en prenant soin de la terre mère.

La suite ?

Dans notre schéma, et pour insister sur notre ontologie non dualiste, les quatre cercles se chevauchent, et désignent d’autres territoires. Dans un prochain article, nous reviendrons sur ce qui se joue sur ces intersections, qui suggèrent d’autres retournements de postures, d’autres remises en cause des principes canoniques d’un monde managé :

  • Libre, vient adoucir le contrôle
  • Equitable, vient assouplir la compétition
  • Durable, vient remplace l’accaparation
  • Responsable, vient questionner la consommation

(A suivre)

Vous pouvez citer cet article en utilsant ce DOI10.13140/RG.2.2.12850.50889

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Article publié initialement ici : https://www.linkedin.com/pulse/le-permanagement-guillaume-p%C3%A9rocheau/

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Quand Usbek & Rica parlent de permaéconomie

A l’occasion du salon « Biomim’Expo« , qui c’est tenu au CEEBIOS, à Senlis, les 29 et 30 juin, j’ai été interviewé par Vincent Lucchese, du magazine « Usbek & Rica ». On y parle d’effondrement, de décroissance, mais aussi et surtout d’innovation sociales, de coopération, d’exaptation et, bien sûr, d’économie écologique.

C’est à lire ici :

https://usbeketrica.com/article/le-cout-humain-de-l-effondrement-sera-dramatique

 

 

Jardinons la France, pour une permaculture de la politique !

Par Rodrigue Coutouly, Forestier, Pédagogue, Essayiste,

La campagne présidentielle terminée, il en reste un désir de renouvellement des principes et des méthodes de gouvernance. La démocratie est en crise car les citoyens aspirent a dépasser les combats fratricides inutiles et souhaitent une autre manière de faire politique.  Ils souhaitent s’y impliquer davantage et voudraient  des représentants élus qui fassent preuve de davantage d’intelligence que de chicanerie. 

Ne pourrions-nous pas inspirer de la démarche de la permaculture créée par l’australien David Holmgren pour inventer une approche renouvelée de l’action publique qui répondrait aux aspirations des Français?  La permaculture est une méthode systémique et globale qui vise à concevoir des organisations (par exemple des habitats humains ou des systèmes agricoles),  en s’inspirant de l’écologie et du biomimétisme. Ainsi, si nous ne voulons plus d’une France considérée comme un champ de blé subissant partout les mêmes traitements et actes culturaux, si nous voulons d’une France vécue comme un jardin dont on prendrait grand soin de chaque lopin de terre, que l’on cultiverait avec attention, ou chaque individualité serait considérée et où les interactions seraient valorisées, alors les principes permacoles peuvent nous aider.

Tentons de repenser nos modes de gouvernance en reprenant les douze principes de la permaculture définis par David Holmgren (Permaculture, Rude l’échiquier,2014).

1-Observez et interagissez: en s’inspirant du vivant, des interactions, en observant les bonnes pratiques, en scrutant comme les choses se déroulent, on construit des politiques plus justes. Quand les cabinets ministériels et la représentation nationale iront , pour chaque réforme ou loi, discuter avec les cadres de terrain les plus pertinents, quand ils pratiqueront une écoute réelle et attentive de leurs interlocuteurs, alors ils pourront inventer des politiques à la fois adéquates (c’est à dire répondant aux problèmes réels des citoyens) et efficaces (c’est à dire ayant des effets tangibles et visibles). Cette construction de politique publique efficiente suppose de ne pas se contenter d’écouter les gens puis de construire la politique à Paris dans les antichambres du pouvoir. Il faudra interagir et revenir auprès des interlocuteurs, qui auront déjà été rencontrés, pour avoir leur point de vue au fur et à mesure que la politique publique s’élabore.

2-Captez et stocker l’énergie:   On peut faire deux lectures de ce principe. La première littérale serait de se donner les moyens de capter toute l’énergie dont a besoin une société, c’est à dire ici essentiellement de développer les énergies renouvelables pour ne plus dépendre à terme d’intrants coûteux et polluants. On peut aussi  y voir une métaphore de l’énergie en politique. Capter les énergies, cela veut dire s’intéresser aux personnes et aux collectifs qui au sein de la société civile, possèdent les idées novatrices et les capacités de démultiplier une politique sur le terrain. Cela signifie écouter et travailler avec les tisserands, ceux qui ont choisi de réparer les tissus déchirés du monde, ceux qui, au quotidien, tentent de mettre en cohérence les valeurs qui fondent nos sociétés et les réalités quotidiennes et pratiques qui constituent nos problèmes et nos difficultés. Si on va les chercher, les écouter, leur confier des missions, alors on renforce les politiques que nous voulons mener. Ce maillage fin suppose de sortir des logiques traditionnelles à l’œuvre dans les démocraties représentatives: vote et oublie pendant 5 ans.

Nos élus écoutent « leurs visiteurs du soir » mais se contentent de cela pour forger leur opinion. Stocker l’énergie en politique veut dire multiplier les contacts avec les personnes compétentes et « tisserands » sur un domaine de façon à disposer d’une grande variété d’opinions et de points de vue. On peut imaginer des annuaires publiques de ces personnes recensant les domaines d’intérêts et de capacités ainsi que des instances de consultation. Syndicalistes, représentants d’association, chefs d’entreprise, universitaires, cadres d’entreprise ou de la fonction publique, ces personnes seront invités à des réunions publiques où ils pourront débattre entre eux et avec les représentants élus. On sort ainsi des habituelles expertises lobbyistes défendant toujours les mêmes points de vue pour aller vers des processus d’intelligence collective où on invente ensemble, en écoutant tout le monde, avec la conviction qu’on est plus clairvoyant à plusieurs que tout seul.

3-Cherchez le rendement: pourquoi observer et dialoguer intensément avec la société civile de terrain? Pourquoi multiplier les contacts et les échanges? Pour chercher ensemble la politique publique la plus efficace, il faut sortir des politiques publiques mono causales, concentrées sur un seul objet. Elles doivent s’élaborer avec le souci d’améliorer, avec pragmatisme la situation, en en mesurant les effets, en travaillant directement avec les acteurs de terrain, avec le souci d’une organisation rigoureuse, mais qui cherche, à chaque fois, à s’adapter aux réalités rencontrées. Cette recherche de la nouveauté doit être aussi une quête de la Fraternité nécessaire. Pourquoi, en effet, améliorer les libertés individuelles ou  réduire les inégalités si  cela ne permet pas de rassembler, de réunir nos citoyens autour de projets communs? L’efficacité n’est pas seulement économique, elle suppose aussi de s’intéresser à l’entente et à l’harmonie entre les individus, à la construction de communautés vivantes et sereines.

4-Appliquer l’autorégulation et accepter la rétroaction: voilà précisément ce que notre personnel politique ne sait pas faire. On cherche vainement les situations publiques où l’on s’accorde à reconnaître nos erreurs et à changer rapidement ce qui ne marche pas. La démocratie représentative repose sur le principe du « vote et oublie » qui est le contraire de la rétroaction. Il nous faut inventer une démocratie participative où les possibilités de régulation des politique inefficaces pourront se multiplier. Cela suppose de sortir du triptyque des trois pouvoirs séparées dont la modernité date du XVIIIéme siècle! Il faut inventer d’autres pouvoirs, d’autres instances dont la fonction sera de favoriser cette régulation. Pourquoi  ne pas créer, à chaque niveau, une chambre de régulation, dont une partie des membres sera désignée par le tirage au sort et dont la principale mission permettra de poser un regard critique sur les politiques publiques suivies? Elles pourraient demander l’abrogation ou la modification de textes -même ancien- et ne disposerait pas d’un simple pouvoir consultatif mais d’une faculté exécutoire. C’est une proposition pour favoriser le processus rétroactif mais on pourrait en concevoir bien d’autres.

5-Utiliser et favoriser les ressources et les services renouvelables: là encore, on pourra, comme pour le deuxième principe, en rester au sens littéral mais si on l’applique à la politique, on voit bien l’intérêt de rapprocher cette idée de renouvellement de la classe politique. Si on multiplie les instances et les surfaces de contact entre les élus et la société civile, on fabrique les conditions du renouvellement des idées, des pouvoirs et des énergies. Renouveler, c’est recycler ce qui ne fonctionne pas ou plus, c’est inventer en tenant compte des nouvelles énergies qui apparaissent. Si le personnel politique en a fait sa profession, et se contente de faire carrière, il est condamné à ne pouvoir se recycler. Favoriser, au contraire, les interactions entre les différents mondes, c’est rendre « biodégradable » (!)  et professionnellement compatible les élus de la République avec le monde réel.

6-Limiter les déchets: La politique produit des idées, souvent très anciennes, dont on ne sait se débarrasser. Les débats sont encombrés de ces vieilles idées non dégradables et pourtant bien dégradées! Ces idées idéologiquement très dépassées sont des déchets qui pollue le débat public. Il faut donc sortir des approches doctrinales simplistes pour aller davantage vers des débats qui repartent des valeurs pour s’intéresser aux conditions concrètes d’élaboration de politiques publiques efficaces aux services de ces valeurs et de la société toute entière. Attention aux décharges idéologiques ! Travaillons au contraire à recycler ce qui est intéressant et brûlons les vielles idées complétement obsolètes!

7-Concevoir des modèles adaptés: la variété des territoires suppose des solutions qui tiennent compte de chaque contexte. Elles doivent être individualisées pour tenir compte des spécificités de chacun, on doit alors sortir du cadre jacobin qui prétend, sous prétexte d’égalitarisme, offrir la même solution partout. Les politiques publiques, et ses responsables, sont d’autant plus efficaces qu’ils laissent aux acteurs de terrain, la liberté d’ajuster le cadre commun aux réalités particulières rencontrées. L’intelligence publique doit apprendre à s’accommoder de cette souplesse.

8-Intégrer plutôt que séparer: la ségrégation socio-spatiale a fait bien assez de dégâts dans notre pays. Il faut fraterniser les territoires et harmoniser les communautés. Facile à dire, difficile à obtenir par la loi. Chaque politique publique, doit faire de ces principes, un levier du changement. La Fraternité doit redevenir une nécessité, interrogée chaque fois que une politique publique se conçoit et se dessine.

9-Préférer les solutions douces et lentes: il s’agit, là encore, d’adapter la politique aux territoires et aux citoyens et non l’inverse. Il faut, pour cela, sortir des politiques publiques qui prétendent tout changer depuis le haut. Réformer l’école, par exemple, ne veut rien dire, car elle est en réforme permanente depuis des décennies. Il faut cibler les bonnes réponses pertinentes et prendre le temps de les construire avec les principaux intéressées. Il faut cesser de croire que l’injonction de la loi réglera les problèmes,  rompre avec la prétention à réformer de fond en comble, chercher, dans l’interaction, les réponses pertinentes, même si elles semblent modestes.

10-Favoriser et valoriser la diversité: le monde politique est composé essentiellement de professionnels. Cet « entre-soi » ne favorise pas la recherche de solutions pertinentes à nos problèmes. En mettant en place de nouvelles instances et lieux de débats et de discussions, la politique permacole va jardiner la société en faisant participer des acteurs oubliés et déconsidérés: les simples citoyens, les jeunes, les retraités, les cadres du privé et du public vont disposer d’espaces de paroles et de décisions. A cette diversité des acteurs doit s’ajouter une diversité des instances: chaque instance, chambre de nos démocraties représentatives doit être accompagné par d’autres chambres ou instances de rencontres et de débats avec des citoyens. Certains seront désignés au tirage au sort, d’autres le seront sur leurs compétences ou qualités, d’autres seront ouvertes. Elles seront souvent consultatives, mais devront pouvoir prendre des décisions exécutives. Le principe de diversité suppose de laisser chaque institution décider du fonctionnement de ses nouvelles instances, avec un principe de comparaison et d’auto-régulation progressives construite avec les acteurs de la société civile et de communauté des citoyens « tisserands » qui s’y seront impliqués.

11-Utiliser les bordures, l’effet lisière et les marges: pour les territoires comme pour les instances démocratiques, la rencontre avec les autres communautés et entités démocratiques a une vertu : celle de favoriser les interactions et les comparaisons fertiles en idées. Valoriser et multiplier les occasions de rencontre entre les instances, les collectifs et les individualités, signifie échanger et multiplier les idées et les synergies qui évite l' »entre soi » mortifère.

12-Etre inventif face au changement: chaque fois que quelque chose ne fonctionne plus ou qu’une crise éclate, cela doit être perçue comme la possibilité nouvelle de l’invention d’une solution. L’intelligence collective que permet des instances variées, dynamiques et interconnectées va alors permettre d’essayer des nouveautés, de confronter des points de vue, d’innover. La politique doit devenir une entité vivante qui essaie, anticipe, change et s’adapte en permanence à la nature vivante des sociétés. Le « droit dans les bottes » est une attitude du passé, inefficace et contre-productive. Il faut la dépasser pour inventer avec les différents protagonistes, la solution de compromis qui convient à tous.

Cessons de cultiver la société depuis le grand tracteur des chambres de décisions, constitués d’élus éloignés. Descendons jardiner, au plus prêt de la terre et des espèces vivantes que constituent les citoyens et les collectifs qui peuplent notre pays. Le bien-être et la productivité commune y seront bien meilleure.

Merci à Abdennour Bidar et à Emmanuel Delannoy, ce texte leur doit beaucoup.

Article initialement publié sur le blog de l’auteur et reproduit ici avec son autorisation :
http://permasociete.canalblog.com/archives/2017/05/08/35261141.html

Réinventer notre économie à partir des tiers-lieux et de la permaéconomie

Une recension par Jean-Pascal Derumier :

J’ai lu récemment trois livres extrêmement intéressants : « La Dynamique du capitalisme » de Fernand Braudel, « Permaéconomie » d’Emmanuel Delannoy et « Le crépuscule des lieux » de Pierre Giorgini. Le premier éclaire les dynamiques économiques en œuvre dans nos  sociétés, le second développe les contours d’une voie économique émergente pleine de promesses et le troisième évoque comment la transition techno-scientifique en cours est en train de bouleverser notre rapport aux lieux, aux espaces, au local. Je vais m’appuyer sur les propos de ces différents auteurs pour tenter de démontrer comment l’échelon local, revisité à partir des principes de la Permaéconomie et revivifié par le tiers-lieux, peut constituer une alternative efficace aux logiques du capitalisme, ou plus exactement, comment une approche « permaéconomique » développée à partir de tiers-lieux peut contribuer à revivifier le tissu socio-économique local tout en le préservant des mécanismes délétères du capitalisme.

Pour planter le décor, il est intéressant de tirer, comme l’a fait E. Delannoy, le fil de l’analogie entre nos modes de production agricoles industriels et nos modes économiques capitalistiques. Ce faisant, on constate qu’après avoir été à l’origine d’indiscutables avancées, aucun de ces deux modèles ne peut prétendre se maintenir sur la durée. En effet, le premier épuise nos sols et le second nos ressources (humaines et naturelles). Pour l’un, cette dégradation est due à l’usage massif d’engrais chimique. Pour l’autre, elle résulte de notre dépendance à un engrais non moins délétère : l’argent, autour duquel tout s’articule et sans lequel on n’est plus rien. Cette dépendance à la monnaie est à tel point caricaturale qu’elle a fait dire au chef indien Geronimo :  » Quant le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été péché. Alors on saura que l’argent ne se mange pas ».  Elle est devenue la seule unité de mesure de notre activité économique qui se borne désormais à rendre compte uniquement de « ce qui se compte » (c’est-à-dire à ce qui a une contrepartie monétaire). Ce faisant, comme nous le dit Patrick Viveret, elle occulte une bonne partie, sinon l’essentiel, de  « ce qui compte vraiment pour nous ». Quid de la qualité de nos liens avec nous même,  aux autres ou à notre environnement sans lesquels il n’y aurait ni société, ni économie. Quid aussi des plaisirs de la vie pourtant si essentiels à notre équilibre et de bien d’autres choses. Situation, comme nous allons le voir, largement due au hold-up exercé par le mode économique dominant c’est-à-dire le capitalisme.

De la permaculture à la permaéconomie

Dans son ouvrage « Permaéconomie », E. Delannoy présente la permaculture comme la métaphore d’un modèle économique permettant à l’homme de se développer en préservant, d’une part, les équilibres socio-économiques nécessaires à « une bonne vie » et, d’autre part, les équilibres écologiques nécessaires à la biosphère[1]. Ainsi, à la différence des modes productivistes qui épuisent nos sols,  le modèle de permaculture  contribue à la préservation des équilibres au travers d’une double production : pour nous (nous nourrir) et pour le sol (agriculture régénératrice). La permaéconomie est quant à elle définie comme « une nouvelle économie  qui, en entretenant elle-même les conditions de sa propre pérennité, créera les conditions d’un épanouissement humain durable et compatible avec la biosphère ». Elle va donc encore plus loin que la permaculture, car elle vise à une triple production : production de biens et de richesses ; production qui réinvestit dans le capital naturel (pour éviter qu’il ne se dégrade) et production de capital humain et social (donc générateur de lien et de coopération). Selon E. Delannoy, les briques constitutives de la permaéconomie sont déjà là. Ce sont notamment l’économie circulaire, l’économie des fonctionnalités, le biomimétisme, le crowdfonding, les monnaies alternatives, etc. Il insiste tout particulièrement sur la nécessité d’inventer de nouvelles formes de coopérations, car la coopération et plus largement le lien sont  en quelque sorte le moteur de la permaéconomie. En  effet, pour lui, comme de façon plus générale dans la systémique, « ce qui se passe entre les êtres est aussi important que les être eux-mêmes ». Il développe bien entendu de façon intéressante les nombreuses particularités de la nature (non-linéarité, symbioses …), qui sont autant de sources d’inspiration pour notre économie (à venir). Nous y reviendrons un peu plus loin.

En fin d’ouvrage, E. delannoy critique le schéma classique du développement durable (les trois sphères de l’économie, du social et de l’environnemental en intersection). Ce dernier est pour lui intéressant sur son principe … mais ne nous dit rien de ce qu’il faut faire. Il propose en alternative le schéma de René Passet[2], extrait de son livre « l’économique et le vivant », publié en 1979.

Dans cette représentation dite « enchâssée » (c’est  à dire où les trois figures sont imbriquées les unes dans les autres à la manière des poupées russes), la sphère écologique (la biosphère) n’est ni séparée, ni mise en niveau de celles du social et de l’économie, mais les englobe … Elle indique que la biosphère contraint les activités humaines, qui elle-même contraint celle de l’économie. Autrement dit, elle rend compte du fait qu’il n’y aurait pas d’économie sans activité humaine et pas d’activité humaine … sans biosphère. Cette dernière a bien entendu longtemps existé sans activité humaine, et a fortiori sans économie. Mais à l’ère de l’anthropocène, il convient de penser des relations équilibrées, vivantes et dynamiques entre ces trois sphères si on veut préserver un environnement propice à notre (sur)vie. SI vous voulez avoir une explication rapide et claire de la permaéconomie (sur la base de ce schéma de René Passet), je vous invite à regarder une vidéo de 15min en cliquant sur le lien ci-après : https://www.youtube.com/watch?v=Ods61c6mNcY.

Cette approche résolument positive milite pour la refondation de l’économie autour des logiques locales. En effet le principe de la Permaculture, à la différence de l’agriculture productiviste, rend possible (voire nécessite) une production à petite échelle dans laquelle il n’est ni question de spécialisation à outrance ni de mode production industrielle. Elle n’en est pas moins performante, car outre son potentiel de création d’emploi, elle offre des taux de rendement à l’hectare très élevés.

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